Edouard Stern, passionnément assassiné

CV avec agences

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Elle l'aimait, ils se sont disputé, elle a perdu la tête et l'a tué. Lui, c'était le banquier Edouard Stern. Elle, sa maîtresse Cécile Brossard. Dès l'ouverture de son procès devant la cour d'assise de Genève, elle a plaidé coupable du meurtre de son richissime amant à la suite d'une dispute concernant une somme promise d'un million de dollars.

Le banquier avait versé cette somme sur le compte de Cécile Brossard "pour preuve de son amour" mais s'était peu après ravisé et avait demandé que cet argent soit mis sous séquestre. Selon des enquêteurs qui ont témoigné mercredi, Brossard a dit avoir tué Stern après qu'il lui eut lancé: "un million, c'est cher payé pour une pute."

Lors du procès, l'accusée, une artiste de 40 ans qui invoque un crime "passionnel", est intervenue pour déclarer qu'elle avait commis un "acte abominable" et voulait que toute la vérité soit connue.

Edouard Stern, 38e fortune de France dont les amitiés allaient de Nicolas Sarkozy à Laurent Fabius, avait été retrouvé le corps criblé de balles le 28 février 2005 dans sa garçonnière des bords du lac Léman. Il était gainé dans une combinaison intégrale de latex couleur chair, laissant accroire des jeux sadomasochistes.

Cécile Brossard a affirmé regretter que les trois enfants de son amant aient été privés de leur père. "Je veux seulement leur expliquer la vérité et pas accabler, pas salir Edouard. Ce n'était pas un homme abominable, a-t-elle ajouté selon Reuters. Il était extrêmement intelligent, raffiné (...), l'homme le plus cultivé et merveilleux que j'aie jamais rencontré". Me Marc Bonnant, qui représente les trois enfants Stern, lui a sèchement rétorqué : "si c'est un homme merveilleux, il ne fallait pas l'abattre."

Deux des enfants Stern, Mathilde, 24 ans, et Louis, 22 ans, ont témoigné à huis clos à leur demande mercredi matin. Le cadet, Henri, a été excusé pour passer son baccalauréat.

Edouard Stern, qui était âgé de 50 ans, gérait un fonds d'investissement à Genève et prodiguait ses conseils dans de grosses opérations de fusion-acquisition. Il avait un moment fait figure de successeur possible de son beau-père Michel David-Weill, de la banque d'investissement Lazard Frères.

Béatrice Stern, qui fut son épouse de 1983 à 1989, a déclaré que ses enfants parlaient encore chaque jour de leur père, qui était leur "héros". "Il pouvait être sec, désagréable par moments, colérique, mais c'était une explosion et puis ça retombait aussi vite. Il était exigeant avec lui et avec ceux qu'il aimait, donc nous". "Rien ne justifiait qu'on l'abatte. Effectivement, ça n'avait aucun sens", a-t-elle ajouté.

Deux enquêteurs ont déclaré devant la cour que Cécile Brossard avait été arrêtée deux semaines après le crime, après s'être enfuie en Italie, puis en Australie. L'arme du meurtre, qu'elle avait jetée dans le lac Léman, a été retrouvée, de même que la tenue de femme dominatrice qu'elle avait portée.

"La défense plaidera le meurtre passionnel", a annoncé dans le prétoire l'avocat de Cécile Brossard, Me Alec Reymond.

Le procureur général Daniel Zappelli a fait savoir qu'il réclamerait néanmoins un verdict de culpabilité pour meurtre, délit passible d'une peine maximale de 20 ans de prison, contre dix ans seulement pour un crime passionnel.

Le verdict est attendu le 19 juin.