Areva manque d'arguments financiers pour se refaire

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Faute de résultats financiers de meilleure facture, Areva manque d'arguments pour solliciter le marché ou son actionnaire afin de l'aider à accroître des fonds propres qui ont pourtant bien besoin d'être renforcés.

Il y a bien un renouveau du nucléaire mais, à ce jour, Areva n'en profite que trop partiellement. Alors que son carnet de commandes ne cesse de progresser, fruit des nombreux succès commerciaux du groupe, ses résultats financiers sont eux mal orientés.

La principale cause de cette contreperformance financière est, depuis deux ans, le dérapage des coûts de réalisation de la centrale nucléaire OL3 en Finlande. Ce n'est pas tout. Même en retraitant les comptes du groupe nucléaire des provisions passées au titre de la Finlande, Areva ne parvient pas à convertir ses succès commerciaux en cash. L'an dernier, le rapport de la capacité d'autofinancement au chiffre d'affaires était de 6,9% contre une moyenne de 11,7% entre 2000 et 2008. En outre, l'amélioration des marges a reposé avant tout sur la croissance des résultats de l'activité transmission & distribution, qui n'est qu'un métier périphérique des activités nucléaires historiques du groupe.

Areva est toujours incapable d'autofinancer ses investissements, alors que ces derniers ne cessent d'augmenter. On peut comprendre les réticences d'un actionnaire comme l'Etat, déjà contraint financièrement, à qui Areva vient demander des fonds supplémentaires pour mener une stratégie de renouvellement de ses installations et d'acquisition sur tous ses métiers.

Pourtant, il faut bien accorder à Anne Lauvergeon que son groupe est notoirement sous-capitalisé. Et céder des participations hautement stratégiques comme Eramet ou STMicroelectronics ne constitue pas une solution si l'on se place du point de vue de l'Etat actionnaire-"stratège industriel".

Dans un environnement où les marchés sont fermés, Areva n'a pas un historique de résultat suffisamment convaincant, en dehors des perspectives de long terme du nucléaire, pour attirer les foules lors d'une augmentation de capital. Mais s'agissant de perspectives de long terme, il serait bon de se rappeler cette remarque, ancienne, de Benjamin Graham: "des perspectives de croissance pratiquement sûres dans un secteur économique ne se traduisent pas en profits sûrs pour les investisseurs."

Dans le cas d'Areva, la période 2000-2008 en est une illustration, même si le périmètre du groupe a évolué et que le regain d'intérêt pour le nucléaire n'est finalement que très récent. Mais il va peut-être falloir que les dirigeants d'Areva fassent preuve d'imagination pour d'abord dégager du cash en interne en étant plus efficient et en cherchant des gains de productivité. A y regarder de plus près, certains postes du compte de résultat – en commençant par les frais administratifs et généraux – ont visiblement dérapé ces dernières années. Areva va peut-être devoir en passer par une cure d'austérité pour apparaître comme un groupe exemplaire, ce qui constituerait en soi un argument de poids pour aller chercher des capitaux à l'extérieur.