Chacun cherche son "Search"

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Bing. C'est son nom. Pas la peine de se livrer à de complexes spéculations sémantiques. Comme l'a expliqué Steve Ballmer, le PDG de Microsoft la semaine dernière lors de la conférence D7, il n'y avait pas des milliers de noms en quatre lettres disponibles sur le net, donc il a fallu aller au plus simple. Mais que peut apporter un nouveau moteur de recherche orienté grand public dans un marché dominé par Google?

Il est un peu tôt pour détailler les performances de

Bing
(le site est ouvert depuis ce lundi 1er juin), mais à première vue, l'interface est calquée sur celle de Google avec recherche selon des catégories précises : web, vidéo, shopping, images, cartes. Dans cette sous-liste, seul la partie "shopping" est pour l'instant une innovation. On cherche par exemple le meilleur prix pour un appareil photo précis ; on entre le modèle, on clique sur "shopping" et on se retrouve sur Ciao.fr, un vaste site communautaire doté d'un comparateur de prix. Là où Google aurait renvoyé vers une liste de liens, le tandem Bing/Ciao offre des résultats bien rangés dans des tableaux. Incontestablement, c'est un plus. Mais il ne s'agit là que d'un aperçu de l'objectif de Microsoft qui entend imposer la notion de "moteur de décision" à celle de "moteur de recherche" qui a fait la fortune de Google.

Les tests effectués par quelques journalistes technoïdes (lire par exemple le compte-rendu de Wired) ou encore cette vidéo promotionnelle donnent en fait une idée bien plus précise des ambitions de Microsoft. "Bing va d'abord cibler le consommateur américain en “verticalisant“ des secteurs-clés comme les voyages, les informations locales, la santé et le shopping, explique François Bourdoncle PDG et créateur du moteur de recherche français Exalead qui connaît une belle croissance dans les entreprises. Aujourd'hui, poursuit-il, les performances du "search" pur tendent vers l'asymptote pour ce qui est de la restitution des résultats. Comme il est difficile de demander aux utilisateurs de sophistiquer davantage leurs requêtes, l'enjeu consiste à rapprocher la restitution des résultats de l'usage qu'on veut en faire".

D'où l'évolution tentée par Bing qui veut améliorer le principe de Google -qui classe les liens en fonction de leur popularité sur l'internet (le système PageRank)- en proposant des informations structurées présentées de façon claire et immédiatement exploitable par les utilisateurs. Ce sera un tableau comparatifs de prix pour un objet de consommation, un listing d'hôtels que l'on pourra affiner selon divers critères (gamme, localisation, prix, offres spéciales), des informations classées sur une maladie, et naturellement des restitutions basées sur l'endroit ou se trouve l'utilisateur, la géolocalisation étant un paramètre essentiel dans Bing.

Sur le papier (si l'on on ose dire) Bing pourrait apporter une pertinence nouvelle par rapport à Google, Yahoo ou Ask.com. Mais la montée en puissance prendra un peu de temps (actuellement, seul l'onglet "shopping" est disponible en France).

Evidement, Google n'est pas en reste dans cette orientation sur la structuration des données. La firme peaufine le lancement imminent de Google Squared (aperçu ici) qui devrait améliorer le "rangement" des résultats et donc leur pertinence pur l'utilisateur.

Pour Microsoft, s'imposer sur le "search" grand public revêt une dimension stratégique essentielle. Plusieurs raisons à cela. Un moteur grand public est une énorme machine à trafic, entrant et sortant. Les internautes qui utilisent le moteur peuvent être monétisés avec une publicité dont la rentabilité est fonction de la multitude. En sortie de consultation, des liens payants, différenciés de la restitution "naturelle", peuvent aussi rapporter gros (ils sont déjà en place sur Bing).

Au passage, l'opérateur du site récolte une moisson de données, en théorie anonymes, sur les habitudes des utilisateurs en fonction de leur parcours lors d'une recherche. Un Yahoo ou un Google engrange ainsi plusieurs milliers d'informations par mois sur chacun de leurs visiteurs (pour avoir une idée de comment se crée l' "ADN" d'un internautes, lire ici).

Enfin, dernier élément, un moteur de recherche est de nature à renforcer la présence de Microsoft sur le "Cloud" de l'internet alors que les applications vont tendre à quitter le disque dur des utilisateurs pour migrer vers le web.

Cette ambition de Microsoft a le mérite de relancer la compétition dans un champs que l'on croyait stérilisé par l'hyperpuissance de Google. Les résignés ont peut-être oublié un peu vite la différence de taille des deux géant de la high-tech. Microsoft a réalisé en 2009 60 milliards de dollars de chiffre d'affaires et dégage une marge nette de 30% contre 21 milliards et une marge nette de 26% pour Google. Cela donne une idée de la puissance de feu de Microsoft, non seulement en matière de recherche et développement, mais aussi en infrastructure.

Car l'efficacité de la recherche sur le net est aussi fonction de la capacité à traiter l'information; or les seules infrastructures capables de rivaliser avec celle de Google sont celles de Microsoft et Amazon (qui est dans un autre trip industriel). Le match pour la domination de l'internet se trouve donc relancé -pour le plus grand bénéfice des utilisateurs.