Les clubs de foot français en mal de recettes de billetterie

Catherine Vincent
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 Comme l'année dernière, il n'y a que deux clubs de foot français    dans le classement    Deloitte des clubs mondiaux générant le plus de recettes, hors    transferts de joueurs. Par effet monétaire, les clubs Anglais souffrent dans    ce classement d'une dépréciation de la Livre. A l'inverse, les clubs de la    zone euro sont favorisés. A l'image du Bayern de Munich, l'Olympique    Lyonnais (OL) et l'Olympique de Marseille (OM) remontent dans le classement.    De peu. L'OL passe de la 13e à la 12e place tandis que l'OM remonte de la    19e à la 16e place.  

 Un léger mieux qui ne rassure pas sur le problème de    diversification des ressources des clubs français dont les budgets restent    faibles par rapport à leurs homologues européens. La Ligue 1 française est    aujourd'hui très dépendante des droits TV de retransmission du football, ces    sommes versées par Canal+ et Orange pour diffuser les matches et reversées    aux clubs. Cela représentait pour la saison 2005-2006, 57% des ressources    des clubs contre 43% pour l'ensemble des autres recettes que sont la    billetterie, les produits dérivés et le sponsoring dont les parts varient    entre 10 et 18% des recettes totales, selon le rapport    de la Commission Euro 2016 sur les Grands stades.  

 Une situation qui place les clubs français dans une position de    faiblesse par rapport aux grands médias. La dernière négociation sur les    droits du foot l'a prouvé. La Ligue de Football Professionnel a été obligée    de jouer la    carte de l'opérateur téléphonique Orange pour maintenir    le niveau des droits du foot. C'est normal: depuis qu'il avait racheté TPS,    le Groupe Canal+ avait l'exclusivité des droits du foot et entendait, faute    de concurrent, les faire baisser.  

 D'où la volonté de diversifier les recettes des clubs. Et    selon la commission Euro 2016, le modèle à suivre est l'Allemagne qui a    quatre clubs dans le classement Deloitte: le Bayern de Munich (4e avec 295,3    millions d'euros de recettes, Schalke 04 (13e avec 148,4 millions),    l'Hamburger SV (15e avec 127,9 millions) et le VfB Stuttgart (18e avec 111,5    millions). Depuis que le pays a rénové ses stades pour accueillir la Coupe    du monde de foot en 2006, la fréquentation a augmenté et les recettes    annexes avec. Désormais, les droits médias ne représentent que 27% des    recettes des clubs allemands contre 30% pour le sponsoring, 25% pour la    billetterie et 18% pour les droits dérivés.  

 L'Angleterre, dont les droits TV sont les plus élevés au monde, a    également une bonne répartition des recettes des clubs de foot et tire plus    de 35% de ses recettes de la billetterie. En Espagne, les clubs de la Liga    bénéficient également de ressources de billetterie considérable (28% des    recettes). "Concrètement, cela signifie qu'un club espagnol engrange en    moyenne 16 millions d'euros annuels au titre de la billetterie, soit deux    fois et demi plus qu'un club français", indique le rapport Grands    Stades.  

 Il faut donc moderniser les stades pour aider les clubs français de    foot. Ils sont trop petits et ne permettent pas de politique commerciale    offensive. Là où les stades allemands peuvent accueillir en moyenne 45.000    personnes, les français se limitent à 29.155 places ce qui ne permet pas de    baisses de prix des billets. Autre exemple, les espaces VIP et les autres    sièges à prestation ne représentent que 4% de la surface des stades français    contre 8 à 12% dans les autres pays européens. Conséquence: la recette    moyenne par spectateur est de 16 euros en France contre 22 euros en Italie,    24 en Allemagne et 33 en Espagne. Sans oublier le fait que l'on ne possède    en France aucun stade multifonction où il est possible de se restaurer,    faire ses courses…  

 Mais rénover un stade, ça coûte cher. Le rapport    Besson propose donc d'encourager les investissements privés dans les    stades et de faciliter le recours aux partenariats public-privé. Pour ce    faire, des évolutions législatives sont nécessaires notamment en matière de    reconnaissance du caractère d'intérêt général des enceintes sportives. Cela    permettrait "aux collectivités locales de financer tout ou parties des    dessertes et accès au stade". Et pour donner plus de sécurité dans    le temps aux investisseurs privés, les clubs devraient aussi prochainement    changer de statut juridique pour se transformer en SA classiques.  

 Les chantiers existent, les investissements moins en cette période de    crise économique. Et puis ce sont des chantiers de long terme. Il est donc    vraisemblable que le classement de l'année prochaine ne change pas beaucoup    pour les clubs français.