JPMorgan, l'exception

Julien Beauvieux

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Des décombres de la crise financière, JPMorgan est l'une des rares banques universelles américaines à donner l'impression de sortir renforcée.

Lorsque le 25 septembre 2008, son patron Jamie Dimon décide de s'emparer de Washington Mutual, la plus grosse caisse d'épargne américaine qui vient d'être mise en faillite, le groupe bancaire prend risque non négligeable. Mais il s'empare d'une base de dépôt à moindre coût. Ce matelas de dépôt va s'avérer précieux alors que la faillite de Lehman Brothers est survenue dix jours plus tôt.

Pourtant, au cours du premier trimestre 2009, ce n'est pas WaMu qui a permis à la banque d'afficher des résultats flatteurs. Ceux-ci ont été dopés par les activités de trading sur les produits de taux. Une activité renforcée avec le rachat en avril de Bear Sterns, également victime de la crise des subprimes. Ces résultats ont cependant redonné du lustre au modèle de "banque universelle", symbolisé par Citigroup mais sérieusement mis à mal par la crise.

Le premier trimestre 2009 de JPMorgan est contrasté. La banque a enregistré un bénéfice de 2,1 milliards de dollars, en baisse de 10% par rapport au premier trimestre 2008, mais multipliés par trois comparé aux 702 millions engrangés lors des trois derniers mois de 2008. Une performance supérieure aux attentes.

Du côté des bonnes surprises, l'activité de banque d'investissement a dégagé un profit de 1,6 milliard de dollars, contre une perte de 87 millions au premier trimestre 2008, grâce au bond de son produit net bancaire, passé de 3 à 8,3 milliards de dollars. Principal composante de cette évolution, les revenus liés aux marchés obligataires, particulièrement actifs depuis le début de la crise. Les revenus de cette activité ont été multipliés par plus de dix en un an.

Opportuniste sur les marchés, JPMorgan a en revanche souffert de la dégradation de la conjoncture et des portefeuilles de créances héritées de l'acquisition de Washington Mutual. Les provisions pour pertes sur crédits ont grimpé de 97%, à 10,1 milliards de dollars, principalement dans les services de cartes bancaires et les services financiers de détail", a expliqué Jamie Dimon. Ces provisions incluent notamment 4,2 milliards de dollars d'affectation en réserves pour pertes sur crédit, qui sont désormais de 28 milliards de dollars. "Nous restons concentrés sur la solidité de notre capital et de notre bilan", a cherché à rassurer le dirigeant.

C'est à ce niveau que réside tout le pari de JPMorgan, celui de survivre à l'absorption d'une banque de détail en grande difficulté pour développer de nouveaux métiers. Les provisions enregistrées par JPMorgan sont le prix des grandes opportunités liées à l'acquisition de Washington Mutual.

Grâce à l'opération, les revenus nets des services financiers de détail ont quasiment doublé et ceux des services de carte de crédit ont augmenté de 31%, totalisant ensemble près de 14 milliards de dollars. Soit plus de 50% du produit net bancaire total de la banque… Au niveau du fichier clients, les dépôts ont grimpé de 62% et le nombre de compte-chèques à bondi de 126%.

Autant d'atouts à valoriser pour que la banque s'affirme à la sortie de la crise comme l'un des géants financiers "universels" de Wall Street, à l'instar du Citigroup d'avant l'année 2008. "Nous restons bien placé pour profiter de la reprise de l'économie", a résumé Jamie Dimon. Mais pour cela il faudra tenir.

Aujourd'hui, JPMorgan est la deuxième banque américaine par la taille de son bilan et sa valeur en Bourse a doublé en un mois. L'établissement compte 219.569 employés. Après Goldman Sachs, l'établissement est à ce jour la deuxième banque à avoir annoncé son intention de rembourser les aides reçues du gouvernement -25 milliards de dollars dans le cadre du plan de rachat d'actifs TARP, voté en octobre 2008 – et la seule banque universelle à être apparemment en mesure de le faire.