Les Boursiers ont la main verte

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Les investisseurs ne sont jamais à court d'idées. Il aura suffi qu'un nombre croissant d'indicateurs économiques cessent de se détériorer pour que le marché croie à un scénario de récession en V. Non que ces indicateurs retrouvent une valeur positive, ni même qu'ils aient une variation positive, mais leur rythme de recul décroit. Il en faut peu pour faire le bonheur de la Bourse. Il faut dire qu'elle était tombée bien bas.

Et il aura fallu que ces indicateurs (indicateur de confiance, indicateurs avancés, production industrielle, consommation, emploi, voire PIB) aient passé un premier point d'inflexion dans leur évolution pour que le marché parle de "green shoots", "jeunes pousses" en français.

C'est ça la Bourse. Un jour, le marché croit que le système financier va s'effondrer. La volatilité atteint des pics historiques, tout le monde broie du noir. Quelques mois plus tard, c'est strictement l'inverse.

L'intervention publique est jugée satisfaisante (vu les milliards de dollars alignés, il était temps de s'en rendre compte), voire efficace. La confiance revient progressivement et c'est la Bourse qui part en premier. Difficile de parler d'une mécanique impeccable, sûre et fiable, puisqu'elle est capable de sursauts, d'à-coups d'une violence telle que n'importe quel expert peut y perdre son latin.

Mais voilà, depuis le début du mois de mars, de plus en plus d'investisseurs veulent y croire. N'en déplaise à ceux qui n'y voient qu'un nouveau rebond dans un marché baissier ("bear market rally"), à ceux qui pensent que ce sont surtout les investisseurs de court terme qui font monter le marché, tout le monde s'emballe et tente de tirer parti de la "fenêtre de tir" qui s'est ouverte. L'exemple le plus flagrant est la multiplication des augmentations de capital, à des prix bradés (histoire de limiter la casse si le vent tourne) et sur des montants de plus en plus importants.

Peu importe si la récession est toujours là, si les résultats des entreprises plongent, si les ménages américains préfèrent épargner que consommer, si le taux de chômage franchit de nouveaux records et si l'inflation pointe le bout de son nez (la hausse des taux longs qui commence à inquiéter de nombreux observateurs en est une illustration). L'économie va peut-être repartir. Tout est dans le "peut-être". Et pour l'instant, c'est la seule chose à laquelle la Bourse semble accorder une quelconque importance.