ADP survole ses concurrents

Anne-Sophie Galliano

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Les aéroports européens souffrent de la mauvaise conjoncture. Presque tous. L'aéroport britannique d'Heathrow annonce un recul de 1,3% de son trafic passager sur les neuf mois 2008, celui de Frankfort (Fraport) une quasi stabilité (+0,1%). Et ADP une hausse de 1,5%! "Une croissance de 11,2% de son chiffre d'affaires (1,89 milliard d'euros) avec une progression de seulement 1,5% du trafic passager est clairement impressionnante", note un analyste.

La clef du succès d'ADP: les investissements réalisés depuis trois ans dans l'augmentation de ses capacités d'accueil. L'entreprise doit consacrer une enveloppe de 2,5 milliards d'euros sur la période 2006-2010 à cet effet. La moitié concerne les nouvelles installations de Paris-Charles-de-Gaulle, la réouverture du Terminal 2E en mars 2008 et l'ouverture du terminal régional T2G en septembre 2008. A la différence des aéroports britannique ou allemand, le français ne se retrouve pas dans une situation de congestion.

Retenir le passager dans les aéroports

Pour garder les passagers au sein de ses aéroports, ADP a considérablement développé ses galeries commerciales, avec notamment l'ouverture des Galeries Parisiennes en juillet 2007. Développer les magasins est une priorité pour le groupe, qui manquait jusque-là de boutiques par rapport aux autres grands aéroports internationaux. "L'objectif lors de notre introduction en Bourse en 2006 était d'augmenter de 30% nos surfaces commerciales en cinq ans, aujourd'hui nous sommes à +34%", explique une porte-parole d'ADP.

"Le nombre de boutiques en zone Duty Free (magasins qui vendent des produits hors taxe) a aussi explosé: +70% en 2008, contre un objectif initial de +44%." Le développement de ses boutiques passe par des co-entreprises, avec la création du Société de Distribution Aéroportuaires (SDA) spécialisée dans la distribution d'alcools, de tabac, de parfums et de gastronomie. Ou encore celle avec Nuance Groupe (accord conclu en juillet 2008) qui va permettre l'ouverture de 40 points de vente spécialisés dans les accessoires et la mode.

ADP en tire d'ores et déjà le fruit: sur les neuf premiers mois de l'année, les activités commerciales ont progressé de 9,5% à 185,7 millions d'euros, tirés par la croissance des magasins Duty Free (+12,6% à 118,7 millions d'euros). Un résultat exceptionnel en temps de ralentissement économique sévère. En effet, les attentats terroristes en 2001, mais aussi la crise du SRAS en 2002, ont appris une chose: en temps de crise, les voyageurs se déplacent moins et du coup dépensent moins dans les boutiques des aéroports. Les groupes de luxe ont vite compris ce danger d'être dépendant du tourisme, et ont choisi d'implanter directement leurs magasins dans les différents pays .

Le trafic international ne se dément pas encore mais il est clair qu'ADP prévoit une contraction de son trafic global en 2008 (croissance de 2% prévue) et seulement une "légère progression" sur 2009. Toutefois, la part qui continue à progresser, l'international (Moyen-Orient et Amérique latine en tête) "est celle qui est la plus lucrative", se félicite ADP, dont les redevances sur les neuf mois ont augmenté de 7,3% à 590 millions d'euros.

Diversification des activités

ADP compte aussi sur la diversification de ses activités, bien qu'encore faible contributrices aux résultats. Sa filiale ADP Management, dédiée à la gestion d'aéroports et la prise de participations dans les sociétés aéroportuaires affiche une hausse de son chiffre d'affaires sur les neuf mois de 57% à 8,6 millions d'euros. ADPi (spécialisé dans les prestations d'architecture et ingénierie internationale) n'est pas en reste, avec une progression de ses ventes de 59,5% à 72,3 millions d'euros. "La poursuite de la croissance des autres activités d'ADP est le point le plus étonnant de ces résultats", remarque un analyste.

Malgré le ralentissement économique, ADP compte bien "rester dans le peloton de tête en Europe". Et d'ailleurs, ses prévisions financières le confirment: il mise sur une hausse de son excédent brut d'exploitation (Ebitda) comprise entre 9 et 12% en 2008. En outre, il table toujours sur une hausse de 60% de ce ratio d'ici à 2010 par rapport à 2005. De quoi ravir les investisseurs en mal de bonnes nouvelles ces dernières semaines. "Le marché a déjà anticipé ces prévisions. L'action se paie 16 fois ses bénéfices, le plus haut niveau dans le secteur européen des aéroports", explique un analyste. "C'est clairement une valeur défensive."