Économie

Les diplômés plus attirés par Washington que Wall Street

Les emplois financiers offerts à Wall Street n'ont plus la cote auprès des jeunes diplômés américains, nombreux à rechercher des postes gouvernementaux à Washington.

Le prestige de Wall Street n'est plus. Principal débouché pour les plus jeunes cerveaux sortis des universités américaines ces dernières années, le centre névralgique de la finance américaine a pâti de la crise au profit de Washington, la capitale politique.

Le phénomène tient bien sûr à la dégradation de l'emploi, qui touche plus durement les jeunes diplômés. "Les étudiants n'estiment plus possible d'intégrer le secteur privé cette année", a expliqué à l'agence Reuters Edwin Koc, directeur de la recherche stratégique de la National Association of Colleges and Employers (NACE).

Chute des embauches

Le marché du travail américain s'est fortement dégradé depuis l'éclatement de la crise des subprimes. Le taux de chômage a grimpé à 9,4% en mai, et les embauches se font de plus en plus rares pour les jeunes diplômés. Sur les 1,6 million d'étudiants américains ayant récemment obtenu leur précieux sésame universitaire, seulement 19,7% avaient un employé stable en mai, selon un sondage réalisé par la NACE.

Les embauches devraient chuter de 21,6% en 2009 pour les étudiants fraîchement sortis de l'enseignement supérieur, selon la NACE. Ce constat global est cependant contrasté. Le secteur bancaire, omniprésent à New-York, est le plus touché, avec un effondrement de 70,9% des embauches de jeunes diplômés. Mais selon les données du ministère du travail américain, l'emploi a au contraire augmenté depuis début 2008 à Washington.

"Washington DC est le seul endroit où l'on peut actuellement observer des créations d'emploi nettes, et on sait aussi que le gouvernement embauche actuellement des milliers de personnes pour superviser le plan de relance économique et tous les projets associés", a déclaré à Reuters Marisa Di Natale, économiste en chef chez Moody's Economy.com.

Nouvelle mode

Outre l'aspect strictement économique, aller travailler pour le gouvernement à Washington reflète également une nouvelle mode chez les jeunes diplômés.

Barack Obama a été très soutenu par cette frange de l'électorat, et il attire aujourd'hui beaucoup de jeunes très qualifiés. "Cela devient tendance d'œuvrer pour la communauté et de s'investir, ce qui est une bonne chose", témoigne Britini Wilcher, une jeune diplômé qui a quitté Bank of America. Elle travaille aujourd'hui pour le gouvernement et s'est spécialisée dans le développement économique.

Elle n'est pas la seule. Spécialisée dans la finance, l'université de Morehouse, dont sort l'actuel président de Bank of America Walter Massey, a vu la part des ses étudiants s'orientant vers des carrières financières diminuer de 44% à 37,5% cette année.