Les "stress tests" retardent le nettoyage du bilan des banques américaines

Julien Beauvieux

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Annoncé le 23 mars dernier, le plan Geithner prévoyait plusieurs schémas complexes dont le point commun était d'associer capitaux publics et privés, ainsi que de la dette ou des garanties fédérales, pour racheter les actifs toxiques encombrant les bilans des banques américaines et redémarrer le crédit.

L'un des axes, le Legacy loans programme (LLP), orchestré par la FDIC, l'agence fédérale de garantie bancaire américaine, vient de connaître un contretemps notable. Mercredi 3 juin, la FDIC a "formellement annoncé que le développement du Legacy loans programme (LLP) continuera, mais qu'un test pilote de vente d'actifs prévu initialement (…) a été reporté", détaille un communiqué.

La raison? "Les banques ont été capables de lever des capitaux sans avoir à céder des actifs de mauvaise qualité via le LLP, ce qui reflète la confiance renouvelée des investisseurs dans notre système bancaire", a déclaré la présidente de l'agence, Sheila Bair, citée dans le communiqué.

Dans ses grandes lignes, le programme de la FDIC concerne spécifiquement la reprise de portefeuille de prêts toxiques détenus par les banques américaines. Pour réaliser ces rachats, des fonds d'investissement, dont le capital doit être détenu à parité par le Trésor et des investisseurs privés, doivent émettre de la dette (jusqu'à 6 fois les montants en capital) garantie par la FDIC, l'agence fédérale de garantie bancaire américaine présidée par Sheila Bair.

L'urgence du nettoyage des bilans des banques américaines a cependant baissé d'un cran avec la publication des résultats des "stress tests". Selon ces derniers, 10 des 19 établissements auscultés ont besoin de renforcer leurs fonds propres à hauteur de 74,6 milliards de dollars, une relative bonne nouvelle par rapport aux estimations de l'ordre de 250 milliards de dollars avancées par certains observateurs. Bien qu'entaché par des rumeurs d'âpres négociations, ce chiffre a redonné le moral aux investisseurs. Selon les calculs des Echos, les banques américaines ont depuis levé plus de 73 milliards de dollars auprès des marchés.

Derrière ce retour de confiance des autorités et des investisseurs vis-à-vis du secteur bancaire se cachent néanmoins les difficultés de réalisation du plan Geithner. En premier lieu, les banques américaines se sont montrées réticentes à l'idée de céder des actifs (prêts ou créances titrisées) à des prix très bas, ce qui transformerait des dépréciations et provisions pour pertes en pertes sèches. Ces actifs, de qualité médiocre, voire mauvaise ou très mauvaise, ne pourraient en effet intéresser les investisseurs privés qu'à des prix nettement inférieurs à la valeur comptable.

Afin de rééquilibrer la balance, les autorités américaines ont espéré que l'effet de levier proposé via des prêts ou des garanties fédérales rendrait le mécanisme plus intéressant, tant pour les acheteurs que pour les vendeurs. Selon le Financial Times, l'espoir suscité par cette offre d'argent bon marché a ainsi contribué à redresser les prix des créances titrisées adossées à des crédits hypothécaires résidentiels, l'une des sources de la crise.

Mais ce tour de passe-passe ne fait que déplacer le problème. Le président de la Fed de Philadelphie, Charles Plosser, s'est ainsi inquiété du risque de défaut auquel s'exposerait la banque centrale américaine en encombrant son bilan un volume de prêts qui pourrait atteindre les 1.000 milliards de dollars, rapporte le quotidien des affaires britanniques.

En attendant, le plan Geithner est toujours officiellement en cours finalisation. Concernant l'extension du TALF, le volet du plan concernant les créances titrisées, le président de la Fed de New-York William Dudley a déclaré ne pas avoir "pris de décision pour déterminer sa faisabilité et, si c'est faisable, si le coût en vaut la peine", rapporte le FT. De telles hésitations ne jouent probablement pas en faveur de sa réussite.