Vers une régulation financière affinée aux Etats-Unis

Propos recueillis par notre envoyée spéciale Annelot Huijgen

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Quelles évolutions dans la régulation des institutions financières estimez-vous nécessaires?

Il faudra apporter des modifications substantielles au système actuel. Je pense qu’il est important de revenir en quelque sorte au Glass Steagel Act. Cette loi avait été adoptée en 1933 pour limiter la spéculation, à l’origine de la chute de la Bourse pendant la Grande Dépression. Il convient de bien séparer les parieurs, les banques d’investissement, des banques universelles qui sont censées être beaucoup plus prudentes. Chose fondamentale, les nouvelles règles devront permettre de prendre en compte la diversité de grands groupes financiers tel Bank of America. Même si cette dernière est surtout connue pour ses activités de banque de détail, elle a aussi des activités plus risquées, qu’elle vient d’agrandir avec l’acquisition de Merrill Lynch. Rappelons qu’AIG a sombré non pas à cause de ses activités d’assureur, mais parce que certaines de ces divisions fonctionnaient comme de véritables banques d’investissement. Pour cette raison, il faudra notamment mettre en place de nouvelles limites structurelles de capitaux propres, mais spécifiques à chaque type d’activité.

Il faudra donc surtout une régulation plus affinée?

En effet. Hormis les banques universelles et les banques d’investissement, cette régulation devra s’appliquer également aux courtiers. Il faut savoir que 70% des prêts accordés entre les années 2002 et 2008, la période où les prêts subprime ont connu leur plus grande expansion, l’ont été par des courtiers. Or, ceux-ci ne sont pas concernés par le Community Reinvestment Act, qui oblige à faciliter les prêts aux habitants des quartiers moins favorisés et que certains voient, à tort, comme la raison de cette crise. Il est certain que les courtiers, comme d’autres institutions financières, ont fait beaucoup de choses qui étaient contraire aux lois et les enquêtes déjà en cours le prouveront, à mon avis.

Est-ce qu’à part établir d’autres règles, plus précises, ne faudrait-il pas déjà appliquer celles qui existent?

Nous devons surtout combler ce que j’appelle l’écart en termes d’innovation financière entre les institutions financières et les régulateurs. Les premiers trouveront toujours des moyens de contourner les règles. Et peuvent alors avoir en mains ce que Warren Buffett appelle des "armes de destruction financière". Je recommanderais de consacrer autant de moyens à l’innovation financière qu’à la sécurité nationale. Il faudrait disposer d’une entité, éventuellement au sein de la Security and Exchange Commission, qui ne soit chargée que d’évaluer les nouveaux produits financiers.