Les mystères des sondages de l'Elysée demeurent

Elsa Meyer avec AFP
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Epinglé par la Cour des comptes en juillet dernier, le coût des sondages de l'Elysée reste toujours aussi mystérieux.

Auditionné jeudi 14 octobre par la commission des Finances de l'Assemblée nationale, Christian Frémont, directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, a souhaité faire preuve de transparence. Il a indiqué que le spécialiste des sondages Pierre Giacometti bénéficie d'un contrat de 43.500 euros mensuels avec l'Elysée et celui du politologue Patrick Buisson s'élevait à 10.000 euros par mois.

1,4 million d'euros

"En 2009, notre estimation est que OpinionWay percevrait environ 820.000 euros et Ipsos environ 300.000 euros. Pour 2010, nous avons estimé le montant des sondages à environ 1.300.000 euros", a également précisé M. Frémont, selon le compte-rendu officiel de l'Assemblée.

Au total total, le budget "sondages" de l'Elysée devrait s'élever en 2010 à 1,424 million d'euros (contre 1,631 en 2009 et 3,28 en 2008), selon lui.

L'opposition indignée

Des sommes très importantes qui suscitent l'indignation de l'opposition, même si Christian Frémon a précisé que le contrat de 43.500 euros mensuels de M. Giacometti était en "baisse de 21%" depuis mars.

La députée PS Delphine Batho s'est insurgée sur son blog qu'il s'agissait de "plus du double de la somme payée par l’Elysée via Publifact pour les sondages OpinionWay en 2008. Cherchez l’erreur".

L'opacité demeure

La révélation de ces chiffres n'a toutefois pas levé entièrement le voile sur la question des sondages de la Présidence. Interrogé par l'AFP dans la soirée, M. Frémont s'est en effet contredit en indiquant que "l'Elysée n'a jamais versé un centime pour des sondages à OpininonWay" et que la somme de 820.000 euros évoquée correspondait en réalité à des factures de "Publifact et Publiopinion", sociétés appartenant à M. Buisson.

Un peu plus tôt, OpinionWay avait également démenti auprès de l'AFP avoir facturé le moindre euro en sondages à la présidence en 2009, en précisant que "moins du quart de la somme évoquée" avait été facturé "à la société Publifact (la société de M. Buisson, ndlr), prestataire en conseil de la présidence".

La Cour des comptes avait publié en juillet dernier un rapport épinglant la convention signée entre l'Elysée et le cabinet de M. Buisson - dont ni le nom ni celui de son gérant n'étaient mentionnés - pour un coût "avoisinant 1,5 million d'euros", sous la forme de "près de 130 factures".

Manque de transparence

Interrogé sur les pratiques dénoncées par les magistrats, M. Frémont a affirmé aux députés qu'il y avait "mis fin" et que "cela appartient désormais au passé", reconnaissant au passage que, jusqu'en mars 2009, il y avait "un manque de transparence" dans la collaboration avec M. Buisson.

Il a justifié le choix de recourir auparavant à OpinionWay via Publifact sans appel d'offre en affirmant que la technique de sondage par internet de cet institut permettait à l’Elysée d’avoir accès à des "verbatim" contrairement, selon lui, aux autres.

M. Frémont a accepté en outre de transmettre à la commission la liste des 15 études payées par l’Elysée et publiées dans des médias, que la Cour des comptes épinglait.

Cette audition ayant "largement confirmé tous les soupçons d'irrégularités que nous avions formulés", estime Mme Batho qui souhaite que les socialistes aillent "jusqu’au bout de leur démarche pour obtenir la création d’une commission d’enquête".