Fonctionnaires: l'Etat mauvais gestionnaire

TV avec AFP

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Les effectifs de l'ensemble de la fonction publique française ont augmenté de 36% entre 1980 et 2008, soit 1,4 million d'agents supplémentaires, alors que l'emploi total en France progressait deux fois moins vite (18%) selon un rapport de la Cour des Comptes

20% de l'emploi en France

Début 2008, les trois fonctions publiques (Etat, collectivités territoriales et hôpitaux) employaient au total 5,3 millions d'agents, dont près de la moitié (2,5 millions) appartiennent à l'Etat. Cela représente l'équivalent d'un peu plus de 20% de l'emploi total en France, a souligné mercredi le premier président de la Cour des Comptes, Philippe Séguin, en présentant à la presse ce rapport.

Les effectifs des trois fonctions publiques ont augmenté de 36% entre 1980 et 2008. Ces chiffres masquent toutefois d'importantes disparités: la progression de l'emploi public résulte essentiellement des collectivités territoriales (+71%) et, dans une moindre mesure, des hôpitaux (+54%).

Baisse des effectifs: l'Etat n'est pas exemplaire

Philippe Séguin a déploré la rigidité et l'absence de vision stratégique de l'Etat dans ce domaine. Avec une progression de14%, "l'Etat a été très loin d'être exemplaire (...) parce que la progression en apparence modérée des effectifs de l'Etat masque son incapacité à s'adapter aux réformes de l'action publique qu'il a lui-même décidées", a jugé M. Séguin.

L'Etat "aurait dû pourtant réduire sensiblement ses effectifs du fait de la décentralisation et de la montée en puissance des opérateurs publics (agences, offices et autres organismes publics autonomes, NDLR)", a-t-il insisté.

Malgré d'importants transferts de compétences aux collectivités, la décentralisation n'a entraîné aucune baisse ni même stabilisation des effectifs de l'Etat, a relevé M. Séguin. En 1980, la fonction publique d'Etat comptait 2,1 millions d'agents et 400.000 de plus fin 2007.

Recours aux opérateurs

Le rapport s'inquiète aussi du recours accru aux "opérateurs" pour assurer des missions de service public. En 2007, ces opérateurs ont perçu de l'Etat 21 milliards d'euros de subventions et 6,5 milliards de ressources fiscales. En 2009, ils compteraient environ 415.000 emplois. "La progression modérée des emplois de l'Etat n'est donc qu'optique, puisque ses missions sont désormais accomplies par d'autres structures mais à ses frais", déplore M. Séguin.

"Les effectifs s'ajustent très peu à la baisse de la demande ou des besoins mais sont au contraire très réactifs aux nouvelles sollicitations. C'est comme un yo-yo qui ne cesserait de monter et ne descendrait jamais", a-t-il lancé. Ainsi, les effectifs du ministère de l'Agriculture et de ses opérateurs ont doublé alors que le poids de l'agriculture dans l'emploi et la richesse nationale était divisé par deux.

1 policier pour 250 habitants

"Comment montrer à nos concitoyens qu'une politique est devenue prioritaire? En embauchant des fonctionnaires à tour de bras!", poursuit M. Séguin, citant l'exemple de la police où les effectifs ont progressé de 20% entre 1989 et 2006.

"Mais le ministère de l'Intérieur juge qu'il n'y a toujours pas assez de policiers en France puisque la délinquance aurait augmenté de 30%" sur la même période, dit-il. La France compte pourtant un policier pour environ 250 habitants contre un pour 303 en Italie et un pour 380 au Royaume-Uni.

"Plus que le nombre de policiers, c'est bien la manière d'affecter, de gérer et d'organiser les missions des policiers qui est aujourd'hui déterminante", a-t-il estimé.