"L'industrie bancaire a fait beaucoup d'erreurs"

Jocelyn Jovène

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"L'industrie [bancaire] a fait beaucoup d'erreurs. Il est important de se rappeler que de nombreux banquiers ordinaires ont toujours eu à l'esprit d'offrir un service de qualité à leurs clients; mais nous devons aussi reconnaître qu'il y a eu de trop nombreux banquiers qui ont profondément endommagé la réputation de l'industrie." Ces remarques viennent du patron de l'une des plus grandes banques au monde, HSBC.

Pour Stephen Green, de nombreux banquiers à travers le monde ont perdu le sens des réalités. "Des produits inappropriés ont été vendus de façon inappropriée à de nombreux investisseurs. Les pratiques en matière de rémunération se sont développées hors de tout contrôle et des incitations perverses ont conduit à des pratiques dangereuses", ajoute le président d'HSBC. Le dirigeant dit comprendre la colère des populations à travers le monde à l'égard des banques, puisque ceux qui ont provoqué la crise financière actuelle sont, dans la plupart des cas, ceux qui ont le plus bénéficié de la période d'euphorie qui a précédé l'effondrement du système financier international.

Pour HSBC, la crise résulte d'une conjonction de facteurs, déjà largement commentés. A l'origine de la crise, on trouve des déséquilibres financiers mondiaux, entre des pays "consommateurs" à fort déficit, Etats-Unis en tête, en relations commerciales et financières avec des pays "producteurs", à fort excédent, Chine en tête. Avec le dollar comme devise de référence du système financier international, les pays à excédent ont placé une part importante de leur excédent en acquérant des bons du Trésor américain, contribuant à maintenir des taux d'intérêt bas. A cela s'est ajoutée la généralisation de la titrisation de produits financiers complexes et peu transparents. Enfin, le niveau d'endettement des agents économiques a atteint de niveaux "excessifs".

"Lorsque le marché de la titrisation a commencé à s'effondrer, les banques se sont retrouvées avec des actifs qu'elles ne pouvaient plus vendre ni financer, les forçant à constater des pertes importantes du côté des actifs et des problèmes de financement du côté de leur passif pour lesquelles elles n'étaient absolument pas préparées", observe Stephen Green. HSBC tire des leçons mais se garde bien d'en donner. L'établissement vient d'annoncer des résultats en forte baisse ainsi qu'une augmentation de capital record de 12,5 milliards de livres sterling, en anticipation d'une année 2009 qui s'annonce difficile.