YouTube répond à l'ultimatum de la Sacem

Propos recueillis par Guillaume Guichard

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Dans un entretien accordé à E24, la Sacem a lancé hier un ultimatum à YouTube. Si les négociations sur les droits d'auteurs (en cours depuis 2007) n'aboutissaient pas dans les deux mois, elle envisagerait "des mesures sévères". Anthony Zameczowski, responsable partenariats YouTube Europe, répond aux accusations.

E24: Comment réagissez-vous à cet ultimatum?

Anthony Zameczowski: Nous n'avons pas reçu d'avertissement officiel de leur part. Et je confirme que nous sommes toujours en discussion avec eux et que nous espérons déboucher sur un accord.

La Sacem vous accuse d'utiliser "des techniques dilatoires" alors que d'autres, comme Dailymotion et Deezer, ont déjà signé…

Nous ne commentons pas le détail de la discussion. Il s'agit de trouver un accord équilibré qui profitent à la fois aux auteurs et aux utilisateurs de YouTube.

Mon rôle est de signer des partenariats stratégiques et, effectivement, certains accords prennent plus de temps à être négociés que d'autres. Toutes les sociétés d'auteurs n'ont pas non plus la même rapidité d'action. Internet est un nouveau média, avec un nouveau modèle: cela nécessite parfois pas mal de temps d'explication.

Quelle est votre approche des droits d'auteurs?

Nous avons signé énormément de partenariats dans le monde, aussi bien avec des diffuseurs, qu'avec des producteurs, et même parfois avec des labels. Nous sentons donc que YouTube entre de plus en plus dans les stratégies des ayants-droits.

Ces derniers ont plusieurs objectifs en signant avec YouTube. Premièrement, comme nous sommes une société mondiale, notre plateforme permet aux ayant-droits de promouvoir et de diffuser leur contenu à l'international. Deuxièmement, YouTube est un outil formidable pour collecter des données marketing grâce à YouTube Insight. Les ayants-droits peuvent par exemple analyser l'audience générée par leur contenu, territoire par territoire, avec une grande finesse démographique (âge, sexe,…).

Et s'ils ne veulent pas voir leur contenu diffuser sur YouTube?

Nous leur proposons un système gratuit leur permettant de contrôler la diffusion de leur contenu. En s'inscrivant, ils peuvent bénéficier de notre solution Content ID qui permet de créer une empreinte de leur contenu vidéo ou musical et d'en bloquer l'accès et la remise en ligne sur YouTube s'ils le souhaitent.

Partagez-vous les revenus publicitaires générés par ces contenus?

Oui. Les ayants-droits peuvent générer des revenus supplémentaires grâce aux bannières de pub autour de leurs vidéos et aussi grâce aux annonces insérées dans le clip lui-même. Nous partageons les revenus liés à ces vidéos avec les ayants-droits comme nous partageons les revenus générés sur les sites du réseau Google AdSense avec les éditeurs de contenu. Pour vous donner un ordre d'idée, Google, qui possède YouTube, a reversé en tout 1,5 milliards de dollars à l'ensemble de ses partenaires au quatrième trimestre 2008, ceci incluant le réseau de sites partenaires de Google mais aussi YouTube.

Approuvez-vous le principe que défend la Sacem de verser aux ayants-droits un pourcentage des revenus publicitaires totaux du site?

Notre philosophie est de créer un écosystème qui permette à tous de s'y retrouver. Dans ce cadre, nous reversons, comme je l'ai dit, un pourcentage des revenus à nos partenaires lié aux contenus qu'ils produisent puis diffusent sur YouTube. D'autre part, YouTube a choisi pour le moment de ne pas monétiser les contenus musicaux en France.

Et, je le répète, nous sommes toujours en discussion avec la Sacem. Je ne peux donc pas m'exprimer sur les négociations en cours.

Si ces négociations échouent, envisagez-vous de retirer les clips incriminés comme en Allemagne et au Royaume-Uni?

Dans les deux cas que vous mentionnez, nous avions des accords qui sont arrivés récemment à expiration. Les conditions sur leur renouvellement ne nous ont malheureusement pas satisfaits: elles n'étaient pas raisonnables et manquaient de transparence. Mais nous regrettons beaucoup d'avoir dû prendre ces mesures radicales, car cela ne bénéficie pas ni aux auteurs ni aux utilisateurs. Ces deux cas n'annoncent pas de changement de stratégie de notre part: nous privilégions toujours les accords avec les ayant-droits.

Et, dans le cas de la France, encore une fois, le dialogue est toujours ouvert avec la Sacem.