A quand la reprise?

Delphine Halgand

— 

"Nous sommes dans ce qu’il y a de pire. La dégradation va maintenant se ralentir", résume Philippe d’Arvisenet, chef économiste à BNP Paribas. La situation va s’améliorer mais doucement. Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit une "reprise partielle" dès 2010. Après une contraction de 1,3% en 2009, l’économie mondiale devrait repartir en 2010 (+1,9%). Cette croissance proviendrait l'année prochaine entièrement des pays émergents et en développement (+4%, après +1,6% en 2009). Les pays développés verront, eux, leur activité économique stagner (après -3,8% en 2009).

La Banque mondiale (BM) s’inquiète davantage de l’impact de la crise sur les pays en développement. Certes leur croissance sera toujours positive en 2009 (+2,1%), mais loin des 5,8% de 2008. Pire, "si l'on enlève la Chine et l'Inde, la croissance est nulle" pour ces pays, a déclaré Justin Lin, économiste en chef et premier vice-président de la BM. Selon lui, les pays en développement hors Inde et Chine connaîtraient ainsi "un recul de leur revenu réel de 1,5% cette année", compte tenu de leur accroissement démographique. "Il s’agit tout simplement d’une crise de développement, qui pourrait réduire à néant des années de progrès", juge t il.

La France devrait voir sa situation s’améliorer en 2010. Après un recul du PIB de 2,3% en 2009, le repli de l’activité économique ne devrait plus être que de -0,3% en 2010, selon l’Observatoire français de conjoncture économique (OFCE). "Même si 2010 s'annonce une meilleure année que 2009, la France n'atteindra toujours pas les 1,5% de croissance, seuil de création d'emploi", explique l’économiste Eric Heyer.

La France devrait être cependant moins touchée que d’autres pays d’Europe. "La France se trouve dans une situation médiane au sein de la zone euro. La correction qui s'opère dans l'immobilier n'a rien à voir avec celle qui ravage l'Espagne. Le poids de notre industrie et donc notre dépendance aux exportations est moindre qu'en Allemagne. Nos prévisions pour la France sont donc de -2,8% en 2009 et -0,5% en 2010 de croissance du PIB, contre respectivement -6,8% et -0,5% dans la zone euro", explique Philippe d’Arvisenet, chef économiste à BNP Paribas.

Pour lui, la reprise sera plus tardive en Europe qu’aux Etats-Unis. "La zone euro a été frappée plus tardivement que les Etats-Unis. La reprise sera également plus tardive. Nous suivons les Etats-Unis. Il y a un décalage de deux à trois trimestres", estime-t-il.

Une fois la croissance revenue dans le positif, la convalescence sera longue."Même une fois la crise passée, cependant, il y aura une période de transition difficile, où le taux de la croissance sera notablement plus bas que dans un passé récent", prévoit le FMI.

L’économiste blogueur d’Econoclaste Alexandre Delaigue partage cet avis. Le scénario d’une récession prolongée jusqu’en 2010 suivie d’une longue période de croissance faible est de déflation est le plus probable, selon lui. Même le Coe-Rexecode, l’observatoire économique des entreprises françaises, s’attend à une convalescence jusqu’à la fin 2012, suivit enfin d’une expansion.