Un quart des fonds de capital-investissement va mourir

Julien Beauvieux

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L'industrie du private equity n'a pas encore vu le bout du tunnel. Selon la dixième édition du baromètre Global Private Equity de Coller Capital, 23% des fonds de capital investissement vont devoir fermer leurs portes dans les sept prochaines années. Et près de 30% des fonds de capital-risque, spécialisés dans le financement de jeunes entreprises, devraient mourir.

Rentabilité en baisse

Les fonds d'investissement, qui prennent le contrôle d'entreprises en levant de la dette, avec pour objectif de les restructurer ou de les développer, traversent une grave crise de financement, agravée par la récession économique. Dans ce contexte, la rentabilité de leurs investissements - dividendes reçus des sociétés rachetées et plus-value de cession lors d'une revente - a tendance à reculer fortement.

Les investisseurs ayant confié leur argent aux fonds de capital-investissement ne sont plus que 37% à déclarer un rendement net global supérieur à 16%. Ils étaient 41% à l'été 2008 et 47% à l'été 2007. Avec la récession, les perspectives se sont assombries. Les trois-quarts des investisseurs ayant des parts dans des fonds s'attendent à une baisse des distributions de profits dans les douze prochains mois. Les valorisations devraient également se contracter significativement. Pour 39% des investisseurs, la décote pourrait atteindre sur un an 20% fin 2009, et entre 21% et 40% pour 33% des sondés.

Attentisme

Conséquence, 20% des investisseurs sondés envisagent de réduire leur exposition au capital investissement au sein de leur portefeuille, "contre une fourchette de seulement 3% à 6% dans les baromètres précédents", note Coller Capital. Les investisseurs déjà positionnés sur un ou plusieurs fonds sont 84% à avoir déjà refusé d'augmenter leur investissement dans les 12 derniers mois. A titre de comparaison, ils n'étaient que 45% en 2005.

Ce phénomène n'a pas de frontière, le pessimisme étant très légèrement moins marqué dans la zone Asie-Pacifique qu'en Europe ou en Amérique du Nord. Ainsi, 92% des investisseurs nord-américains ont refusé au moins une fois de réinvestir sur les 12 derniers mois. Un pourcentage qui atteint 82% en Europe et 70% en Asie-Pacifique.

Réglementation plus contraignante

La conjoncture n'est pas la seule explication des difficultés de l'industrie du private equity. "Environ 50% des investisseurs pensent que des changements dans la réglementation et/ou l'imposition vont diminuer le potentiel de création de richesse du capital investissement dans les pays développés sur les deux prochaines années", explique l'étude. Cette préoccupation se manifeste particulièrement en Amérique du Nord (55%) et en Europe (48%), mais nettement moins en Asie-Pacifique (17%).

Paradoxalement, cet environnement moins porteur sera source d'opportunités. Selon 80% des investisseurs sondés, "le ralentissement mondial va accroître leur pouvoir de négociation sur les termes et conditions" proposés par les fonds de capital investissement dans les deux prochaines années.

Outre des conditions d'entrée et de sortie des fonds plus favorables et des frais moindres, les investisseurs estiment également en majorité que la transparence et la gestion du risque des fonds de capital investissement devront être améliorées.