Les transactions de private equity sont compliquées par la crise

Propos recueillis par Anne-Sophie Galliano

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Réuni à Washington, le G20 s'est fermement prononcé pour une plus grande régulation du système financier mondial, afin que "tous les intervenants, tous les produits et tous les marchés soient réellement soumis à surveillance", selon les mots de la chancelière allemande Angela Merkel. Sans citer nommément les fonds spéculatifs, échappant actuellement à toute régulation, le communiqué du G20 évoque le besoin de "transparence sur les actifs hors bilan et des instruments financiers complexes", notamment les CDS (contrats d'assurance sur le non remboursement d'un emprunteur).

Les private equity sont eux aussi visés. L'an dernier, ces fonds d'investissement recevaient des milliards et étaient les principaux acheteurs de sociétés, cotées ou non, de la planète, contribuant du même coup à l'envolée des indices boursiers. Passée la crise des subprimes, les temps s'avèrent plus difficiles pour l'industrie. Vincent Déchin, associé gérant chez L'Lione & Associés fait un point sur le private equity pour E24.

Les fonds de private equity ont-ils toujours la capacité de lever de la dette?

Il y a toujours de l'argent disponible sur le marché. Les entreprises annoncent des avertissements sur résultats 2008 et les perspectives sont incertaines pour 2009. Du coup, les investisseurs en private equity, qui ont levé des fonds récemment, sont prudents dans leurs prochains investissements.

Quelle est l'attitude des banques vis-à-vis des opérations de LBO?

Les banques sont aujourd'hui très frileuses puisqu'elles ont elles-mêmes du mal à se refinancer. En ce moment, il est donc difficile de lever de la dette pour des acquisitions. Sans la présence de banques, les opérations ont beaucoup moins d'intérêt pour le fonds de private equity. Par exemple, pour un deal financé à 30% par un fonds en capital et 70% par une dette bancaire, si le rapport capital/dette devait être modifié pour passer à 60% de capital et 40% de dettes, pour un prix de transaction équivalent, le rendement de l'investisseur sera beaucoup moins intéressant. Donc soit il renoncera à l'opération, soit il diminuera fortement le prix d'acquisition. Dans ce cas, c'est le vendeur qui pourrait ne plus vouloir vendre.

Le nombre de deals a-t-il du coup diminué?

Sur les opérations de plus de 300-400 millions d'euros, il y a un coup d'arrêt depuis août 2007. Avec la propagation de la crise financière à l'économie réelle, les deals plus modestes sont maintenant handicapés, même sur des transactions de l'ordre d'une dizaine de millions d'euros. Toutefois cela ne veut pas dire que tout est arrêté, mais que cela s'est sérieusement compliqué. A titre d'exemple nous sommes en train de boucler une opération (valeur de la transaction 40 à 50 millions d'euros) qui sera quand même partiellement financée en dettes.

Les fonds de private equity ont-ils du mal à vendre leurs participations?

Probablement. Ces dernières années, les fonds sortaient plus vite des entreprises, au bout de deux-trois ans pour certains. Mais avec le retournement du marché, une sortie rapide ne sera plus génératrice de plus-value.

Des fonds ont-ils préféré laisser la gestion d'une entreprise aux seules banques?

Non, je n'en ai pas encore entendu parler. En revanche, il pourrait arriver que certains banquiers essaient de sortir de certaines opérations. Une clause, appelée covenant, stipule que si l'entreprise ne respecte pas les ratios de performance définis par contrat, le banquier peut exiger le remboursement anticipé de la totalité de la dette. Jusqu'a présent, les banques mettaient rarement en œuvre ce recours. Mais aujourd'hui la situation pourrait être différente compte tenu de la dégradation des performances des entreprises. Dans certains pools bancaires (plusieurs banques s'allient pour prêter le montant de la dette), des banques qui ont le plus petit ticket (qui prêtent le moins) pourrait demander le remboursement de leur créance en pensant que les banquiers plus importants, ne voulant pas laisser tomber l'affaire, lui rachèteront leur créance. Dans une telle situation les prêteurs restructureront-ils la dette en la ré-étalant? Demanderont-ils aux actionnaires de remettre du capital pour rééquilibrer le risque? Les actionnaires entre eux arriveront-ils à construire un consensus pour apporter une réponse unique, ou cela générera-t-il des conflits entre eux? Certains actionnaires iront-ils jusqu'à demander au tribunal à se mettre sous la protection d'une mesure de sauvegarde pour figer les créances en cours? Voilà autant de situations auxquelles nous pourrions être confrontées dans les prochains mois. Il ne faut jamais oublier que les effets de leviers financiers fonctionnent dans les deux sens.

Doit-on s'attendre à une baisse de la rentabilité des fonds de private equity sur le long terme?

Oui, certainement pour les fonds qui ont investi ces dernières années et qui seraient obligés de générer de la liquidité. Probablement pas pour ceux qui sont encore liquides et qui pourraient saisir de bonnes opportunités.