PME: des alternatives originales au crédit bancaire

Julien Beauvieux

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Confrontées à la raréfaction du crédit bancaire, les PME françaises ont de plus en plus de mal à financer leur cycle d'exploitation, avec à la clef une explosion des défaillances. Des solutions de financement alternatives originales sont pourtant accessibles pour les aider à renforcer leur fonds propres ou mobiliser leur patrimoine pour s'assurer des financements.

Il y a urgence. Le nombre de défaillances d'entreprises a augmenté de 21% en France au quatrième trimestre 2008, et de plus de 10% pour l'ensemble de l'année dernière. Pour 2009, les perspectives sont moroses, avec un bond anticipé d'environ 30% des dépôts de bilan. Signe de la gravité de la crise, toutes les tailles et profils d'entreprises sont touchés. Mais ce sont bien sûr les plus petites d'entre elles, par ailleurs pourvoyeuses de nombreux emplois, qui sont menacées.

Face à la contraction de l'activité et à la prudence des banques, les PME doivent faire le dos rond et maintenir leurs finances à flot. "La bonne maîtrise et le contrôle du Besoin en Fonds de Roulement (BFR) doivent être un enjeu stratégique", explique Isabelle Girardet, directrice produits spéciaux Europe du Sud de l'assureur crédit Astradius.

En simplifiant, le BFR représente le solde entre les stocks, les créances clients et les dettes d'exploitation d'une entreprise. Il constitue une importante source de financement, avec les fonds propres. Le maîtriser revient à raccourcir les délais de paiement de la part des clients et à réduire le montant des stocks de matières premières ou de produits finis, quand c'est possible, ou encore à rallonger le délai de paiement des fournisseurs. Des choses difficiles à mettre en œuvre et qui dépendent des rapports de force entre donneurs d'ordre et sous-traitants. C'est une arme que manient par exemple à la perfection les géants de la distribution.

"Les stocks et créances clients représentent en moyenne 40% des actifs du bilan", souligne Jean-François Le Gac, responsable des contrôles terrain de la société Auxiga, spécialisée dans le gage. "Grâce au gage sur stocks, une entreprise peut donc passer une période de sur-stockage non-programmée" et "obtenir ou renouveler un financement", ajoute-t-il.

L’entreprise donne en gage son stock de marchandises au profit d'un créancier, par exemple une banque, pour obtenir ou renouveler un financement. En cas d'accord, le créancier mandate une société de gage qui monte l’opération et réalise des contrôles physiques. Pour 100 euros de stocks, une société peut ainsi récupéré de 50 euros (bois, meubles,…) à 80 euros (boissons, alcools) de crédit.

Concernant les créances clients, des dispositifs tels que l'affacturage existent depuis le début des années 80, mais des solutions plus originales ont émergé. Securit Ease, qui mobilise les techniques de la titrisation, en est un exemple. Ce mécanisme "transforme une classe d'actifs, les créances clients, en une ressource longue pour les entreprises", explique Nolwenn Simon, qui a fondé la société en 1999.

Gérée par une société de gestion et un dépositaire, une plateforme émet des obligations notées AAA (le rating le plus sûr) auprès d'investisseurs (banques commerciales, partenaires financiers, …) pour racheter à plusieurs entreprises des portefeuilles de créances. Une PME notée BB peut ainsi économiser 0,60% sur un emprunt à 5 ans de l'ordre de 30 millions d'euros, soit environ 180.000 euros par an, tout en nettoyant les créances de son bilan. L'investisseur peut de son côté soutenir des PME tout en souscrivant à des titres de très bonnes qualités.

Les PME peuvent également augmenter leurs ressources financières grâce aux spécialistes du capital-investissement. Or, si les ressources en provenance des investisseurs institutionnels se font plus rares, celles provenant des particuliers ont le vent en poupe. Reste la difficulté de trouver du financement bancaire pour ce type d'opération à effet de levier. Mais là encore, d'autres solutions existent, à l'image de la plateforme de cotation Alternativa.

Importé de Suède, le concept est fondé sur le principe de la cotation "low cost". Alors que le ticket d'entrée est de 150.000 euros sur le Marché libre de la Bourse de Paris, il n'en coûtera que 10.000 euros pour accéder à Alternativa. "On a une dizaine de sociétés référencées sur une sélection assez drastique fondée sur la croissance", explique Charles Thénoz, le directeur général adjoint de la société.

Malgré un rythme de cotation limité à une fois par mois, le volume des ordres a été multiplié par sept depuis son lancement en 2006. Initialement de l'ordre de 300.000 euros, les levées de fonds sont en hausse. "Nous avons plusieurs dossiers compris entre 1 et 3 millions d'euros", explique le dirigeant.

Un succès qui permet notamment l'accès au capital des salariés. Trialog, l'une des sociétés cotées sur Alternativa et spécialisée dans le conseil et l'expertise high-tech, est ainsi détenue à 72% par ses salariés. "C'est un sujet d'avenir", estime Charles Thénoz. Dans une conjoncture morose propice à la baisse de la consommation, la mobilisation de l'épargne des salariés pourrait en effet permettre à nombre d'entreprises de passer "l'hiver économique" et profiter du retour des beaux jours.