L'Europe de l'Est souffre

Propos recueillis par Julien Beauvieux

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E24: Face à la récession, quels sont les handicaps particuliers des pays de l'est?

Alexandre Vincent: Ce sont de petites économies ouvertes sur l'extérieur qui dépendent beaucoup de leurs exportations à destination de l'Europe occidentale. Dans un contexte de baisse de la demande mondiale, cette source de fragilité a été aggravée par leur déficit courant et leur dette extérieure. Certains pays, à l'exception de la Slovaquie, qui vient d'adopter l'euro, ont ainsi vu leur monnaie être attaquée sur le marché des changes. Parallèlement, la croissance de ces dernières années a été dopée par un gonflement de l'endettement des ménages et des PME. Avec la crise de liquidité, ce financement s'est tari dans la mesure où il reposait en grande partie sur le soutien des maisons mères occidentales des banques locales. En difficulté elles aussi, elles ont donc eu tendance à réduire la voilure. Enfin, certains ménages et PME avaient choisi de s'endetter en devises étrangères en pariant sur une appréciation de leur monnaie locale. Les remous monétaires cités plus haut ont en conséquence contribué à alourdir le coût de la dette des agents économiques des pays émergents européens.

Quels sont les pays les plus touchés?

Les pays Baltes sont les plus touchés et endurent des chutes de plus de 10% de leur PIB. Ensuite vient la Hongrie, mais son cas est particulier car le pays connaît déjà une croissance atone depuis le début 2007, liée la rigueur budgétaire instaurée en 2006 et destinée à combattre les déficits. La Roumanie est également en grande difficulté. La Bulgarie est en revanche dans une situation légèrement meilleure, notamment car la monnaie bulgare dispose d'un régime de change fixe avec l'euro (parité non déterminée par le marché, ndlr) et que ses finances publiques étaient très saines au moment de l'éclatement de la crise. A l'autre bout du spectre, on retrouve la République Tchèque, qui n'a pas pratiquement pas de déficit courant et disposait de solides positions à l'exportation, la Pologne, qui peut compter sur un grand marché intérieur, et la Slovaquie.

Que peut faire la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD)?

Le sujet devrait effectivement être discuté au cours du week-end. Mais la question des sources de financement de la BERD et leur éventuelle insuffisance ne se pose pas dans l'immédiat. L'institution dispose de 20 milliards d'euros de capitaux propres et prévoit de réaliser 7 milliards d'euros d'investissements en 2009. Elle a donc de la marge. En revanche, on peut noter que la question d'une éventuelle disparition de la BERD une fois la transition des anciens pays communistes achevée ne se pose plus. La BERD a un rôle à jouer, et je retiendrais notamment son soutien à plusieurs banques régionales de l'Europe orientale, notamment en Lettonie et en Hongrie, qui a permis d'éviter un véritable effondrement du crédit.

Les pays émergents européens peuvent-ils vraiment rebondir sans une reprise des débouchés occidentaux?

Il est vrai que la reprise des exportations vers les pays d'Europe occidentale, et donc une reprise de la demande à l'Ouest, constitue un préalable. Les autres facteurs de soutien de la croissance, par exemple la demande intérieure, resteront durablement déprimés. En outre les pays doivent à limiter la stimulation budgétaire dans le cadre de l'aide du FMI, qui est déjà venu au secours de la Lettonie, de la Roumanie et de la Hongrie.