L'économie iranienne peut-elle se relever?

Delphine Halgand

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Un grand gâchis. Malgré la manne pétrolière, la révolution économique en Iran n'a pas eu lieu. Le bilan économique négatif de Mahmoud Ahmadinejad a certainement participé à gonfler la colère des Iraniens, qui contestent aujourd'hui la réélection du président.

Mauvais bilan économique

"Le bilan économique du président Mahmoud Ahmadinejad est mauvais, alors qu'il a bénéficié d'une augmentation du prix du pétrole", indique à E24 Thierry Coville, économiste spécialiste de l'Iran et chercheur associé à l'IRIS. "Sur le plan des réformes structurelles, il n'a pas fait grand chose. Il n'y a pas eu de vraies privatisations. Il a surtout mené une politique populiste en augmentant les salaires des fonctionnaires et les retraites", explique-t-il.

Iran dépendant du pétrole

L'Iran, quatrième producteur mondial de brut, est ainsi toujours aussi dépendant du pétrole. En 2007, 69% des recettes budgétaires et 72% des exportations sont issus du secteur.

De plus, l'économie est toujours aussi encadrée par l'Etat. 80% de l'économie iranienne est contrôlée par le secteur public. Le pays ne se prépare pas à l'après-pétrole, selon la mission économique de l'ambassade de France à Téhéran. Les industries, faiblement développées, et les banques doivent être privatisées.

Investissements insuffisants

L'insuffisance des investissements affaiblit les infrastructures du pays comme les centrales électriques ou la gestion des eaux. L'Iran a besoin d'attirer des investisseurs étrangers, mais la politique étrangère du président Mahmoud Ahmadinejad a surtout isolé le pays.

14 millions d'Iraniens pauvres

Résultat: même avec une croissance soutenue (7,8% en 2007 et 6,5% en 2008) tirée par la consommation intérieure, l'Iran ne parvient pas à résorber chômage et pauvreté. Le pays a besoin d'une croissance de 8% pour absorber les 700.000 jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail, donne en exemple la mission économique de l'ambassade de France à Téhéran. Sur une population totale de 66,5 millions, l'Iran compte 14 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, selon un article de Thierry Coville sur l'Iran face à la crise financière.

Inflation à 28%

Chômage et inflation bondissent. Le taux de chômage est officiellement de 12,5% (contre 10,5% quatre ans auparavant), mais il atteindrait officieusement 20% à 25%, comme l'indique la mission économique de l'ambassade de France à Téhéran. L'inflation aurait, elle, atteint les 28% en 2008, selon le CIA World Factbook. Cette très forte inflation, qui a surtout touchée les produits de première nécessité est liée à la politique budgétaire du gouvernement qui a recyclé les excédents du pétrole en aide à la consommation des ménages.

"L'Iran n'est pas la Chine"

La baisse récente du prix du pétrole a relancé la question urgente des réformes structurelles dont l'Iran a besoin pour développer son économie. La priorité économique affichée par Mahmoud Ahmadinejad, à l'issue de sa réélection, est la lutte contre la corruption. "Mais l'Iran entre dans une période difficile, les gens sont dans la rue, même des conservateurs modérés ne sont pas contents, la crise politique est énorme", rappelle Thierry Coville. "L'Iran n'est pas la Chine. Un pouvoir fort qui s'impose, les Iraniens ne l'accepteront pas. La modernisation sociale du pays ne le permet plus", ajoute-t-il. Il faudra donc d'abord résoudre la crise politique avant de s'attaquer à l'économie.