La retraite à 70 ans: entre liberté et déréglementation

E24 avec AFP

— 

Le vote à l'Assemblée nationale dans la nuit du vendredi 31 octobre d'un amendement permettant aux salariés qui le souhaitent de travailler jusqu'à 70 ans et de cumuler un emploi et une retraite, suscite une forte opposition des syndicats et de l'opposition. Le Parti socialiste a demandé dimanche au gouvernement de "retirer" l'amendement qui permet cette atteinte au droit à la retraite. "On sait très bien que lorsqu'on annonce une telle mesure, c'est parce que, demain, on va réduire les retraites et on va dire: tout le monde travaille jusqu'à 70 ans!", a déclaré Martine Aubry, invitée dimanche 2 novembre du Grand jury RTL/LCI/Le Figaro.

Pour Jean-Claude Mailly, le leader de Force Ouvrière, l'amendement "signifie plus de déréglementation et non pas plus de liberté". Il affirme que le volontariat dans ce dispositif, "c'est du pipeau, comme le travail le dimanche".

Rééquilibré

La CGPME a jugé, elle aussi, lundi que l'amendement pouvait "ouvrir la porte à toutes les dérives" et a demandé que ce dispositif soit "rééquilibré" en faveur des employeurs. "On avait accepté qu'on supprime la mise à la retraite d'office, mais pas de cette manière là, il faut que les choses se fassent avec l'accord de l'employeur", a affirmé Jean-Eudes du Mesnil, secrétaire général de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME). Il a demandé que "le dispositif adopté par les députés soit rééquilibré pour tenir compte des réalités de la vie des entreprises".

Caricatural

L'UMP, qui a défendu l'amendement, estime qu'il signifie "plus de liberté pour les Français qui veulent travailler plus", selon le porte-parole, Frédéric Lefebvre, lors du point de presse hebdomadaire du parti. Le député des Hauts-de-Seine s'est élevé contre le terme de "retraite à 70 ans", selon lui "impropre, caricatural, utilisé volontairement par un certain nombre de responsables" politiques et syndicaux "pour essayer d'accréditer l'idée que l'âge de la retraite est changé". "Ce n'est absolument pas ce qui est prévu", a-t-il insisté.

"Les exemples, il n'en manque pas de gens pour qui la retraite couperet à 65 ans est un drame pour leur vie privée, pour leur carrière professionnelle", a expliqué Frédéric Lefebvre. Il a cité l'exemple de "beaucoup de femmes qui, parce qu'elles ont commencé à travailler plus tard, pour des raisons qui tiennent à leur vie privée, ne sont pas capables, en s'arrêtant à 65 ans, de faire le nombre d'annuités". Selon lui, "il faut penser à l'utilité sociale de cette liberté plus grande".

Fonctionnaires

Le ministre du Travail, Xavier Bertrand, a indiqué lundi 3 novembre sur RTL que l'âge maximal de la retraite ne sera pas relevé à 70 ans dans la fonction publique, pour laquelle sera généralisé l'âge maximal de 65 ans. "Dans la fonction publique, on a décidé également de remonter, jusqu'à 65 ans, quand c'était en dessous auparavant", a indiqué le ministre, interrogé sur le cas particulier de la fonction publique. "Aujourd'hui, c'est 65 ans qui a été retenu dans le texte qui a été modifié vendredi, parce que c'était en deçà dans la fonction publique, et pourquoi, parce que là c'est aussi lié aux statuts de la fonction publique, mais on a déjà décidé de remonter les choses" a-t-il précisé.

L'amendement a été voté dans le cadre de l'examen en première lecture à l'Assemblée nationale du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2009. Les députés doivent voter mardi 4 novembre sur le PLFSS. Le texte doit poursuivre ensuite sa navette parlementaire au Sénat.