Le Bourget: les américains en tête

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La fréquentation du salon du Bourget devrait atteindre un nouveau record, avec 48 pays et plus de 2.000 exposants attendus selon les organisateurs. Pourtant, on n'attend pas de grosse "tête d'affiche" cette année. Le 787 Dreamliner de Boeing n'a pas encore effectué son premier vol, prévu avant la fin du mois. Les avions de chasse américains - F-22 en tête - se sont désistés. Sans parler d'une conjoncture particulièrement morose. Les rares "vedettes" viendront de Russie, avec la présentation du Sukhoi Super Jet 100, un avion de transport régional. Un drone hélicoptère fera également une première démonstration sur un salon.

Marges à deux chiffres

Sur le plan financier, les américains sont en forme et dominent l'industrie. En dehors de Boeing qui a accumulé de nombreux retards pour son programme 787, la plupart de ses compatriotes affichent des marges très confortables, proches et souvent supérieures à 10%.

Par comparaison, EADS a enregistré l'an dernier une marge d'exploitation de 5,6%, soit moins que les 8,3% de son concurrent italien Finmeccanica. EADS a reconnu ce week-end que sa priorité était la gestion du cash et pourrait perdre toute sa trésorerie d'ici 2 ans si tous les risques actuellement envisagés venaient à se matérialiser.

Boeing, malgré ses difficultés, reste le premier groupe d'aéronautique et de défense du monde par le chiffre d'affaires. United Technologies -présent dans le secteur à travers ses filiales Pratt & Whitney (moteurs), Hamilton Sundstrand (contrôle aérien), Sikorsky (hélicoptères)- affiche la plus grosse capitalisation boursière, avec 52,6 milliards de dollars ainsi que le plus fort taux de rentabilité, avec une marge d'exploitation de 15,1%, pour ses seules activités aériennes et de défense.

Suivent des géants comme Lockheed Martin (43 milliards), Northrop Grumman (34 milliards de chiffre d'affaires), General Dynamics (29 milliards) ou Raytheon (23 milliards).

Consolidation

Mais les défis restent nombreux: chute du trafic aérien et pertes croissantes des compagnies aériennes qui font de plus en plus appel aux avionneurs pour trouver un financement; stabilisation voire diminution des budgets de défense dans de nombreux pays, à commencer par les Etats-Unis (1er budget mondial avec 607 milliards de dollars selon le SIPRI). Les livraisons d'aéronefs devraient reculer. Ces différentes contraintes devraient peser sur les marges du secteur et conduire à de nouvelles opérations de rapprochement.

La consolidation de l'industrie s'est engagée dès 2007-2008, avec les rachats de l'américain DRS Technology par Finmeccanica, d'Armor Holdings par BAE Systems, ou la reprise de Smith Group par General Electric.

Les analystes de Société Générale envisagent plusieurs scénarios. Dans le premier, l'industrie aéronautique et de défense européenne, actuellement "surpeuplée", pourrait se regrouper autour de deux acteurs majeurs de la défense -un scénario que les analystes jugent peu probable car chaque pays souhaite "conserver un savoir-faire pour des raisons de sécurité nationale".

Fusions transatlantiques

L'autre piste pourrait prendre la forme de fusions transatlantiques. Pour la banque, le britannique BAE Systems, le plus américain des groupes de défense en Europe, pourrait y jouer un rôle. Grâce à sa politique d'acquisitions de taille moyenne ou petite, le groupe a acquis le statut de fournisseur de premier plan du ministère américain de la défense.

EADS cherche également à jouer ce rôle, mais jusqu'ici il n'a pas été en mesure d'être très actif dans la consolidation de l'industrie, tant en France où sa tentative de reprise de Thales a échoué, qu'aux Etats-Unis, où plusieurs cibles lui sont passées sous le nez, comme DRS Technologies ou United Industrial Corp.