La guerre hôpital/clinique

D.H. avec AFP

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Lettre ouverte au Président de la République, communiqués offensifs, publicités dans les journaux: les cliniques ont lancé une campagne récente contre "la discrimination tarifaire", revendiquant un "tarif unique" public/privé pour les soins. Sur internet, la Fédération de l'Hospitalisation Privée (FHP) a créé un site comparant les tarifs de 50 interventions courantes (accouchements, appendicectomie,...), qui "permet à chacun" selon elle, "de vérifier que le secteur privé coûte moins cher à la collectivité".

Véritable agression

"L'hôpital public est victime d'une véritable agression", a réagi mardi 7 juillet Claude Evin, président de la Fédération hospitalière de France (FHF, regroupant les responsables des hôpitaux publics), qui a organisé une conférence de presse pour démonter des "arguments fallacieux" et des comparaisons de tarifs "tronquées".

"L'hôpital ne refuse pas de se poser la question de son efficience, mais nous ne faisons pas du tout la même chose", a-t-il poursuivi, prenant l'exemple de l'obstétrique, où l'hôpital public assure "plus de deux tiers" de l'activité, "mais une part beaucoup plus importante des grossesses à risque".

Tarifs plus élevés pour le public

La querelle sur les tarifs, en moyenne plus élevés pour le public, est ancienne, mais son côté technique en fait surtout un débat d'experts. Il ne s'agit en effet pas des sommes facturées aux patients, mais de celles que l'assurance maladie verse aux établissements en fonction des soins réalisés.

13 milliards d'économies par an

Mais sur fond de déficit record de l'assurance maladie (-9,4 milliards prévu pour 2009), les cliniques veulent élargir le débat, déplorant un "surcoût injustifié" pour la collectivité. Les tarifs du privé "restent de 37% inférieurs en moyenne à ceux du public", a déploré Jean-Loup Durousset, président de la FHP. Selon lui, un tarif hospitalier unique permettrait des économies d'"au moins 13 milliards d'euros par an".

Missions de service public

Mais pour la FHF, les comparaisons des cliniques ne sont pas valables: les tarifs qu'elles affichent "ne comprennent pas les examens biologiques et d'imagerie", ni les dépassements d'honoraires ni les suppléments hôteliers. Elle souligne que les cliniques ont une activité programmée et centrée sur des activités "rentables", tandis que les hôpitaux prennent en charge "88% des passages aux urgences", ne "choisissent pas leurs patients" et assument des missions de service public.

"Ces surcoûts pour l'hôpital ne sont pas financés", a jugé la FHF, malgré des enveloppes budgétaires spécifiques. "Le soin qui coûte le plus cher est le soin inutile", a par ailleurs lancé le vice-président de la FHF, le député UMP Jean Leonetti, pointant notamment la plus grande propension des cliniques privées à réaliser des césariennes.

Convergence tarifaire

Cette polémique intervient alors que le gouvernement vient d'annoncer que la convergence tarifaire public-privé, prévue pour 2012, était reportée à 2018. La ministre de la Santé Roselyne Bachelot a jugé utile d'attendre le résultat d'"études robustes et crédibles" pour évaluer les différences de coûts justifiées entre le public et le privé. "Il ne s'agit pas d'unifier totalement les tarifs", mais de les "rapprocher", a-t-elle rappelé vendredi.