Le marché de l'acier dans une crise profonde

Guillaume Guichard

— 

Quand le géant de l'acier ArcelorMittal annonce une réduction de 50% de sa production en Europe à partir de fin avril, c'est signe que le marché va mal. Très mal. En janvier, la production mondiale a chuté de 24%. Puis de 22% en février, à 84 millions de tonnes, d'après la World Steel Association. Ce brusque coup de frein de la production début 2009 a touché les principaux pays producteurs sauf l'Iran et la Chine. Cette dernière a profité d'une croissance, certes ralentie du PIB, mais toujours solide (+6,5% attendu en 2009 selon la Banque mondiale).

Cette crise a mis fin à une période faste pour la sidérurgie. "La vigoureuse reprise de la demande d’acier, qui s’était amorcée en 2002, s’est brutalement interrompue", écrit l'OCDE. "Le rythme de progression de la demande d’acier [a] commencé à fléchir sensiblement en août 2008, en réaction au ralentissement de l’activité dans le secteur du bâtiment des économies développées et à la modération de l’expansion de l’économie chinoise". Le bâtiment représente 50% des commandes du secteur. Et l'automobile, qui connaît elle aussi une crise profonde, compte pour 15% du chiffre d'affaires de la sidérurgie.

La chute brutale de la demande mondiale a eu une répercussion immédiate sur les prix. Sur le mois de mars, la tonne d'acier a perdu 13% en Europe, à 462 dollars la tonne, selon les données du cabinet de consultants CRU. Une évolution due à un déstockage massif, selon les observateurs. Pour preuve, avance dans une note un analyste d'Oddo Securities, "seuls les prix américains (-4%), où les stocks sont au plus bas depuis 2002, font figure d'exception".

Cette année, l'optimisme n'est pas de rigueur. Les niveaux de production devraient continuer à baisser, l'OCDE prévoyant une chute de 15% de la demande en 2009. Quant à la reprise, elle ne devrait survenir qu'en 2010… "si le redémarrage de l'économie intervient réellement à ce moment-là", précise Anthony De Carvalho, chef de l'unité acier de l'OCDE. Et il ne faut pas s'attendre à retrouver de sitôt les meilleurs niveaux de ces dernières années, poursuit l'économiste: "le niveau de la demande devrait alors rester en deçà de ce que l'on observait en 2008".

Pour ne rien arranger, "en dépit des baisses brutales de la demande, les capacités mondiales de production d’acier devraient continuer à augmenter et passer de 1.636 millions de tonnes en 2008 à 1.779 millions de tonnes en 2010", écrit l'OCDE. De quoi, associé à une demande en berne, condamner le secteur à une baisse durable des prix.