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Précarité : Avec l’inflation, les prêts étudiants ne suffisent plus

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BPCE a constaté un « très fort dynamisme sur le crédit étudiant » en 2022, avec un bond de 9,5 % du nombre de prêts
Une photo prise le 1er décembre 2023 montre un étudiant assis dans une chambre des Résidences ARPEJ à Suresnes, à l'ouest de Paris (illustration).
Une photo prise le 1er décembre 2023 montre un étudiant assis dans une chambre des Résidences ARPEJ à Suresnes, à l'ouest de Paris (illustration). - JULIEN DE ROSA / AFP / AFP
20 Minutes avec AFP

20 Minutes avec AFP

L’inflation étrangle les étudiants, particulièrement précaires. Confrontés à la hausse du coût de la vie et des frais de scolarité, ils ne s’en sortent plus, malgré leur prêt étudiant. La somme empruntée au début de leurs études par de nombreux étudiants s’avère désormais insuffisante pour finir leur scolarité dans de bonnes conditions.

Le prêt étudiant permet ainsi de payer les frais d’inscription ou de la vie courante. Avec un taux préférentiel – mais qui diffère selon les banques et le profil de l’étudiant –, il se rembourse souvent en différé, à la fin des études. Techniquement ouvert à tout majeur inscrit dans l’enseignement supérieur, ce crédit « concerne moins de 10 % des étudiants en France, soit relativement peu comparé à d’autres pays », a tempéré Sébastien Grobon, économiste rattaché à l’Université Panthéon Sorbonne.

De plus en plus de jeunes dans le public concernés

Le contraste est fort avec les États-Unis, où plus de la moitié des étudiants sont concernés, ou encore l’Allemagne et la Suède. La France présente une « aversion plus importante à la dette étudiante », précise le spécialiste des inégalités socio-économiques dans l’éducation, notamment en raison de « la tradition de frais d’inscription faibles et de bourses ».

C’est pourquoi le prêt étudiant concernait « initialement plutôt des formations exceptionnelles et plus chères », « notamment les grandes écoles » privées et les « écoles de commerce », explique le chercheur. Ces formations promettent par ailleurs « des salaires élevés, qui faciliteront le remboursement ». Mais récemment, « de plus en plus » de jeunes qui étudient dans le public se retrouvent contraints d’en contracter un, affirme Éléonore Schmitt, du syndicat L’Union étudiante.

Des données floues

Malgré des frais de scolarité beaucoup moins importants, ils doivent emprunter pour financer leur vie quotidienne, surtout depuis « l’explosion de la précarité étudiante » liée au Covid-19, explique-t-elle. Chiffrer la dette étudiante en France est très difficile. Aucun organisme du secteur interrogé par l’AFP (FBF, Banque de France, ASF, ACPR) ne dispose de données précises sur le nombre et l’encours des prêts étudiants.

En juillet 2021, une mission d’information du Sénat regrettait qu’aucune structure ne soit chargée « d’agréger ces données à l’échelle nationale », parlant de « phénomène mal appréhendé » qui « mériterait d’être mieux documenté ». Les banques se montrent, elles, très discrètes, communiquant surtout les chiffres des prêts étudiants garantis par l’Etat, dispositif qui permet aux moins de 28 ans d’emprunter jusqu’à 20.000 euros sans caution ni garant, puisque c’est la Banque publique d’investissement (Bpifrance) qui joue ce rôle.

Le « dynamisme » du prêt étudiant

Seule BPCE s’est montrée totalement transparente auprès de l’AFP, indiquant avoir constaté dans ses banques Banque populaire et Caisse d’épargne un « très fort dynamisme sur le crédit étudiant » en 2022, avec un bond du nombre de prêts (70.800, +9,5 %) et des montants empruntés (226 millions d’euros chez Banque populaire, +21 %, et 985 millions d’euros pour l’ensemble du groupe, comme précisé lundi par BPCE).

Interrogées par l’AFP, BNP Paribas et la Société générale indiquent, elles, avoir constaté en 2022 « une légère baisse du nombre de prêts étudiants ». Cependant, « le montant total accordé a augmenté », précise Société générale. L’augmentation des sommes empruntées ne tient pas à la seule hausse du coût de la vie quotidienne. Elle s’explique aussi par l’augmentation de frais d’inscription déjà élevés d’écoles privées, terrain de chasse favori des banques.

Le cercle vicieux de l’emprunt

A Sciences po, où cinq banques installent leur stand pendant la période d’intégration, les frais de scolarité – déterminés en fonction du revenu des parents (jusqu’à 19.670 euros par an) – ont tous augmenté de 7,5 % cette année, à cause de l’inflation. Si BNP Paribas n’a pour le moment pas constaté « d’augmentation significative » de ces demandes, elle a toutefois ouvert cette année la possibilité de « souscrire un prêt étudiant complémentaire », a-t-elle précisé.

« C’est un peu le cercle vicieux : on n’a plus l’argent suffisant et en plus il faudra emprunter à des taux moins avantageux. Tous les étudiants ne peuvent pas encaisser ça », alerte Geoffroy Brocart, étudiant. En effet, les taux d’intérêt des prêts étudiants sont passés en un an et demi de moins de 1 % en moyenne à plus de 2 %, a indiqué Maël Bernier, porte-parole des courtiers Meilleurtaux. Un niveau certes bien plus avantageux que les taux actuels des autres crédits mais synonyme d’un remboursement qui reste lourd à assumer pour nombre de jeunes actifs commençant leur vie professionnelle.

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