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coup de pouceClients, prix… Quel premier bilan pour le bonus réparation textile ?

« On voit venir des nouveaux clients... » Quel premier bilan pour le bonus réparation textile ?

coup de pouceDepuis le 7 novembre, il est possible de bénéficier d’une réduction pour faire rapiécer un habit ou une paire de chaussures chez un professionnel. L’effet incitatif a déjà fait augmenter l'activité
Le bonus réparation s'applique aussi dans les cordonneries partenaires.
Le bonus réparation s'applique aussi dans les cordonneries partenaires. - L.Benoit/Refashion / Refashion
Frédéric Brenon

Frédéric Brenon

L'essentiel

  • Il y a un mois, le ministère de la Transition écologique inaugurait le « bonus réparation textile », sur le modèle de ce qui existe déjà pour l’électroménager.
  • Les réductions proposées vont de 6 à 25 euros selon la réparation choisie.
  • Les artisans constatent déjà un afflux de nouveaux clients et davantage de demandes de la part de leurs habitués.

De nombreux Français ignorent son existence. D’autres, à l’inverse, ne jurent déjà que par lui. Depuis un mois, un coup de pouce financier nommé « bonus réparation » permet de faire rapiécer chez un professionnel un vêtement ou une paire de chaussures usagées. Applicable directement lors du passage en caisse, sans justificatif, il donne droit à une réduction d’un montant de 6 à 25 euros selon la prestation choisie. Objectif : inciter les consommateurs à conserver plus longtemps leurs textiles et éviter ainsi le gaspillage et la surconsommation. L’initiative, qui imite le « bonus réparation » mis en place depuis un an pour les appareils électriques et électroniques, est prometteuse. Mais donne-t-elle réellement satisfaction ?

« Le démarrage est satisfaisant, les retours sont très positifs, aussi bien du côté des clients que des réparateurs », estime l’éco organisme Refashion, qui a la charge de gérer le dispositif. Pour bénéficier de l’opération, il faut s’adresser à un commerce partenaire. Près de 700 points de vente partenaires de l’opération sont, pour l’heure, recensés en France. Parmi eux, une majorité d’artisans indépendants. « Le premier objectif de 500 partenaires est atteint. Nous visons désormais les 1.500 partenaires d’ici à 2025, c’est bien parti », commente Elsa Chassagnette, responsable du fonds réparation chez Refashion.

Les transactions semblent aussi au rendez-vous puisqu’un peu plus de 12.000 déclarations de réparations éligibles au bonus ont été comptabilisées au bout d’un mois. « C’est un bon résultat, apprécie Elsa Chassagnette. De ce qui nous est remonté, les demandes les plus courantes concernent la réparation d’accroc pour les vêtements et la pose de patin et le changement de bonbout pour les chaussures. Des réparations assez accessibles mais qui étaient loin d’être un réflexe pour tout le monde. »

« On n’avait pas connu ça depuis plusieurs années »

Laura Paul est la gérante d’un des magasins du réseau Rapid Couture à Nantes. Depuis le lancement du bonus réparation, elle constate une croissance immédiate de son activité. « Auparavant, un client sur trois se présentant en boutique repartait quand on lui indiquait les tarifs. Là, depuis le lancement, je n’en ai plus aucun. L’effet incitatif sur les prix semble donc fonctionner. » Même son de cloche au sein du réseau de cordonneries Mister Minit. « L’activité en un mois a augmenté de 50 %. C’est très significatif pour nous. On voit venir à la fois des nouveaux clients et des habitués qui reviennent avec davantage de chaussures. Quand on va en boutique, on voit que les racks sont pleins. On n’avait pas connu ça depuis plusieurs années », se réjouit Stéphane Paris, directeur des activités stratégiques chez Mister Minit France.

Une couturière dans un magasin de retouches agréé pour le Bonus réparation.
Une couturière dans un magasin de retouches agréé pour le Bonus réparation. - L.Benoit/Refashion

L’un des enjeux de ces enseignes est de parvenir à capter une clientèle plus jeune, notamment les propriétaires de sneakers. « Le marché des sneakers représente plus de la moitié des chaussures vendues en France et on a tendance à croire que c’est une chaussure jetable, non réparable. Le ressemelage gomme (18 euros de réduction) on l’a mis sur la liste du bonus pour aller chercher ce public-là », explique Elsa Chassagnette. « On avait très peu de jeunes qui venaient nous voir, confirme le représentant de Mister Minit. Le bonus participera peut-être à faire évoluer les mentalités. »

« Les déclarations prennent une heure par jour »

Si le bonus réparation ne nécessite aucune démarche pour le client, c’est différent pour le professionnel, lequel doit déclarer scrupuleusement chaque article, photo à l’appui, afin de bénéficier du remboursement du bonus. Un système qui a découragé certains artisans. « La déclaration prend deux minutes par acte en moyenne, raconte Laura Paul, de Rapid Couture. J’ai calculé que ça représentait presque une heure par jour. C’est sûr que c’est du temps de travail en plus. Mais je pense que ça en vaut la peine. Avoir davantage de clients permet aussi de réaliser des ventes complémentaires hors du bonus. »

Quant au risque de voir les professionnels profiter du bonus pour augmenter les prix, Refashion assure faire des contrôles réguliers. « On a déjà épinglé des artisans qui avaient relevé leurs tarifs du montant du bonus, indique Elsa Chassagnette. On surveille ça de très près. Mais, d’un autre côté, on ne pourra pas les empêcher sur la durée de revoir leurs prix pour s’adapter à l’inflation, par exemple. Si on veut revaloriser ces métiers, il faut aussi que les réparateurs soient rémunérés à leur juste valeur. »

Tous les vêtements et chaussures ne sont pas éligibles au bonus réparation, les sous-vêtements, les vêtements en cuir et les vêtements en vraie fourrure font, par exemple, exceptions. Par ailleurs, le montant du bonus réparation ne peut pas excéder 60 % du prix de la réparation TTC et le prix minimal de réparation éligible au bonus est de 12 euros.

Organisé par l’Etat, le fonds réparation est financé par les marques de textile. Sa réserve s’élève à 154 millions d’euros pour la période 2023-2028.

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