Plans d'aide et de rigueur: la Grèce n'est pas pour autant tirée d'affaire

ECONOMIE Le pays n'est pas encore à l'abri de faire défaut selon les économistes...

Catherine Fournier (avec agence)

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Le ministre grec des Finances George Papaconstantinou présente le plan de rigueur imposé par l'Union Européenne et le FMI à Athènes, Grèce, le 2 mai 2010.
Le ministre grec des Finances George Papaconstantinou présente le plan de rigueur imposé par l'Union Européenne et le FMI à Athènes, Grèce, le 2 mai 2010. — REUTERS

Le plan de sauvetage de la Grèce, d'un montant de 110 milliards d'euros sur trois ans, a enfin été déclenché. En échange, le pays va devoir subir une cure d'austérité, visant à réduire le déficit public de 30 milliards d'euros supplémentaires sur trois ans. Si cet accord permet à la Grèce de continuer à rembourser ses créanciers et d'éviter un rééchelonnement de sa dette, son succès à long terme dépend de plusieurs paramètres.
 
L'attitude de la population
La Grèce n'est pas à l'abri d'un mouvement de contestation d'ampleur. Une troisième grève générale est d'ailleurs prévue mercredi, et devrait paralyser une grande partie du pays. «La société restera tolérante si elle constate des résultats d'ici la fin juin, si le tableau est meilleur et si les déficits sont réduits», souligne Costas Panagopoulos, directeur de l'institut de sondages Alco interrogé par l'AFP. «Mais pour éviter les risques d'explosion sociale, le gouvernement devra satisfaire l'exigence de justice. Le peuple ne doit pas avoir l'impression d'être le seul à payer.»
 
Un plan de rigueur à double tranchant
Cette cure d'austérité, qui prévoit notamment d'augmenter la TVA et de supprimer les 13e et 14e mois des fonctionnaires et des retraités du public, risque de mettre à mal la consommation et par ricochet les recettes fiscales et donc la croissance. «Si au bout de six ou douze mois, la croissance ne remonte pas et le déficit est toujours aussi important, la Grèce n'est pas à l'abri de la "faillite"», pronostique Nicolas Bouzou, directeur du cabinet d'études économiques Asteres joint par 20minutes.fr.
 
La valeur de l'euro
Les marchés s'interrogent également sur les capacités de la Grèce, souvent présentée comme non-compétitive, à survivre à ces mesures d'austérité tout en restant dans la zone euro alors que ce maintien l'empêche de dévaluer sa monnaie et de contrôler ses propres taux d'intérêt. «Si elle avait sa propre monnaie, elle pourrait la dévaluer de 30%. Pour l'instant, l'euro n'a chuté que de 10%», explique Nicolas Bouzou. Selon lui, la chute de l'euro, «qui pourrait être ramené à un dollar», est une des clés de sortie de crise. «Mais on ne maîtrise pas cette solution, tout dépend des marchés financiers.»
 
La croissance dans la zone euro incertaine
Benjamin Carton, économiste au Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cepii) estime au contraire que ce n'est pas tant la valeur de l'euro qui jouera un rôle déterminant que la croissance dans la zone euro. «Les principaux partenaires et concurrents de la Grèce sont les autres pays de la zone euro. La chute de l'euro ne la rendra donc pas plus compétitive», souligne-t-il.
 
Par contre, le pays peut être tiré par un regain de croissance chez ses partenaires européens. Selon Benjamin Carton, «il y a deux scénarios: un retour de la croissance dans la zone euro dans la deuxième partie de l'année fait baisser les taux d'intérêt de la Grèce et celle-ci peut sortir plus vite que prévu du plan d'aides en empruntant de nouveau sur les marchés. Ou: la croissance reste très faible et la Grèce ne peut décemment pas mettre en oeuvre certains éléments de son plan de rigueur, notamment les mesures salariales. Cela ne passerait jamais sur le plan politique». Conséquence: ses partenaires risquent de couper le robinet d'aides, conditionnées à ces mesures de restriction. Le pays risque alors de nouveau de se retrouver en défaut de paiement.