Bretagne : On a visité la plus grosse usine de cartes bancaires d’Europe

SECRET Installée à Vitré, la société Idemia fabrique plus de 50 % des cartes bancaires qui sont utilisées en Europe mais aussi des cartes vitales, des cartes SIM et des permis de conduire

Camille Allain
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Dans l'usine Idemia de Vitré, on produit 400 à 450.000 cartes bancaires par jour. Soit plus de la moitié des cartes du marché européen.
Dans l'usine Idemia de Vitré, on produit 400 à 450.000 cartes bancaires par jour. Soit plus de la moitié des cartes du marché européen. — C. Allain/20 Minutes
  • Née de la fusion d’Oberthur et de Morpho, l’entreprise française Idemia fait partie des plus gros producteurs de cartes du monde.
  • La moitié des cartes fournies par les banques européennes sont fabriquées à Vitré, en Bretagne.
  • L’Etat a investi plusieurs centaines de milliers d’euros pour aider l’entreprise à investir et maintenir cette production stratégique en France.

Le nom ne vous dit sans doute rien. Il y a pourtant fort à parier que vous déteniez l’un de leurs produits dans votre poche ou votre portefeuille. Né de la fusion des entreprises Oberthur et Morpho en 2017, le groupe français Idemia est l’un des plus importants fabricants de cartes bancaires du monde. Regardez au dos de la vôtre si le nom d’Idemia y figure. En Europe, plus de la moitié d’entre elles sont fabriquées dans son usine de Vitré, au nord-est de Rennes (Ille-et-Vilaine). A l’étroit, la structure qui fait travailler environ 500 personnes va devoir déménager en 2024 pour s’agrandir et accompagner le fort développement de son activité. A l’heure où bon nombre de paiements et actes administratifs sont dématérialisés, la bonne vieille carte bleue n’a pas prévu de disparaître. A l’approche des fêtes de fin d’année, certaines d’entre elles vont même sérieusement chauffer. Pour savoir comment ces objets du quotidien étaient fabriqués, 20 Minutes a visité l’usine très sécurisée d’Idemia à Vitré.

D’extérieur, l’usine d’Idemia ne s’apparente pas à un site top secret, mais vous ne trouverez pas une fenêtre sur ses façades. Pour entrer dans l’enceinte de fabrication, nous avons dû nous séparer de notre appareil photo, de notre téléphone et même de notre vieille montre connectée. Interdit de filmer. Avant de mettre un pied dans le sas tapissé d’un revêtement électrostatique captant la poussière des chaussures, il nous a fallu prouver notre identité, nous enregistrer et même offrir notre plus beau sourire moustachu pour claquer une photo. A l’intérieur, le site arbore les traits assez classiques d’une imprimerie. L’odeur de l’encre envahit le nez et des brumisateurs viennent humidifier l’air ambiant. On innove par la couleur, la matière, les couleurs qui vont se loger jusque sur la tranche de quelques millimètres. « Nous imprimons sur du PVC. Il nous faut garder un taux d’humidité entre 50 et 60 %. La finition doit être soignée car les cartes constituent l’image de marque des banques », explique le directeur Eric Le Quéré, dans le bruit des imposantes machines qui ne s’arrêtent jamais.

Des véhicules blindés pour les acheminer

Ici, trois équipes se relaient pour travailler 24 h/24 et 7 J/7 et sortir 400 à 450.000 cartes bancaires chaque jour. « Quand elles sont terminées, elles doivent rapidement être expédiées. Nous n’avons pas le droit de les conserver plus de 24 heures », poursuit le directeur du site. Dix à 20 véhicules blindés partent chaque jour pour les acheminer vers un centre de personnalisation où les noms et numéros si précieux seront inscrits. « La loi nous interdit de tout faire sur le même site. Quand elles partent de chez nous, les cartes ne contiennent que la moitié des cryptodonnées », précise Yves Portalier, vice-président d’Idemia en France. Sa société est fière d’avoir été la première à utiliser du PVC recyclé pour concevoir ses cartes, constituées de quatre morceaux souples qu’il faut découper puis cuire au four à environ 100 degrés.


Fort de ses 14.000 salariés dans le monde, le groupe n’est pas spécialisé dans la « CB ». Il produit également des cartes vitales, des cartes SIM pour Orange, des permis de conduire américains, des passeports et des cartes d’accès à de nombreuses entreprises du monde. Un secteur ultra-concurrentiel qui ne connaît pas la crise. Implantée sur sept sites en France, Idemia a réalisé un chiffre d’affaires de 2,2 milliards en 2021. Et espère faire au moins aussi bien en 2022.

Pourquoi l’État a investi chez Idemia

Dans l’usine d’Idemia à Vitré, quelques étiquettes ont été installées pour signifier que l’État a investi ici, permettant l’achat de machines. Réalisées dans le cadre du plan France Relance, ces aides financières visent à redonner une indépendance de production à notre pays. « L’objectif, c’est de maintenir nos approvisionnements en services stratégiques. Cette production est clairement stratégique. Pour rester sécurisée, elle doit rester chez nous », justifie Didier Doré, sous-préfet de Vitré-Fougères.