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20 Minutes avecUber France vise 50 % de véhicules électriques d’ici 2025

Uber France : « D’ici à 2025, on vise 50 % de véhicules électriques sur la plateforme », lance la directrice

20 Minutes avecLaureline Serieys, directrice générale d’Uber France détaille la stratégie de développement du groupe
Le 24 novembre 2022, Laureline Serieys, directrice générale d'Uber France depuis l'été 2020, était à Bordeaux pour faire le point avec les chauffeurs de la ville.
Le 24 novembre 2022, Laureline Serieys, directrice générale d'Uber France depuis l'été 2020, était à Bordeaux pour faire le point avec les chauffeurs de la ville.  - STEPHANE DUPRAT / SIPA
Elsa Provenzano

Propos recueillis par Elsa Provenzano

L'essentiel

  • Tous les derniers vendredis du mois, 20 Minutes donne la parole à un(e) chef (fe) d’entreprise sur un sujet d’actualité dans son rendez-vous « 20 Minutes avec… »
  • La directrice générale d’Uber France Laureline Serieys revient pour 20 Minutes sur la stratégie de développement de la plateforme, déjà présente dans 24 villes de France.
  • Elle annonce un plan de 75 millions d’euros pour inciter les chauffeurs à s’équiper de véhicules électriques, d’ici à 2025.

Uber France continue de grossir avec une augmentation de 33 % en un an de l’ensemble des courses commandées sur la plateforme, en 2022. Alors qu’en 2021 toutes les entreprises de transport ont encore été marquées par la crise sanitaire, c’est un joli regain d’activité. La plateforme compte au total 32.000 chauffeurs enregistrés qui travaillent à leur compte, contre 30.000 avant la crise. Laureline Serieys, directrice générale d’Uber France, détaille à 20 Minutes les projets de la plateforme pour poursuivre son implantation, déjà effective dans 24 villes de l’Hexagone.



Quels sont les nouveaux services proposés dans l’application ?

On a lancé de nouveaux produits pour restimuler l’activité, parmi lesquels Uber Reserve qui permet de réserver une course en avance. C’est un outil pour déployer le service dans les plus petites villes car les temps d’attente pourraient y être un peu rédhibitoires. On a lancé aussi Uber Pet qui permet, moyennant un petit supplément, de commander une course en étant accompagné d’un animal de compagnie. Ce sont des produits qu’on lance pour répondre à toujours plus de demandes.

A Paris, on teste Uber Share qui permet au passager de bénéficier d’office de moins 10 % sur la course. Et sur son trajet, il peut y avoir de légères déviations car on peut proposer à un autre passager de le rejoindre et ils ont alors chacun 30 % de réduction. C’est incitatif pour le passager qui débourse jusqu’à 30 % de moins et pour le chauffeur car cela contribue à des courses plus longues et donc mieux payées. Et par ailleurs, cela a beaucoup de sens d’un point de vue écologique car cela permet de faire deux trajets en un. Si le service marche bien, on le testera dans d’autres villes comme Lyon, Nice, Marseille, Lille ou Bordeaux.

Les chauffeurs m’ont fait remonter que certains clients seraient prêts à payer plus cher pour avoir un véhicule à leur disposition plus vite. Sur la base de ce retour, on a lancé un déploiement d’Uber Priority qui permet au voyageur de payer cinq euros de plus, s’il le souhaite, pour avoir un chauffeur plus vite (le délai d’attente en moyenne en 2022 est de 8 minutes).

Dernière nouveauté à Paris, on a lancé une option taxi dans l’application et c’est une vraie opportunité de réconciliation pour le secteur. Elle permet de commander un taxi depuis l’application Uber, avec des tarifs de taxi. C’est gagnant car nos clientèles sont complémentaires et nos clients ont une fonctionnalité en plus. Cette option a été lancée en octobre cette année et on compte déjà 500 chauffeurs connectés. C’est un très bon démarrage d’activité.

Je rappelle que dans toutes les procédures qui ont existé depuis des années, Uber n’a jamais été condamné à payer des indemnités aux taxis au titre de concurrence déloyale.

Comment la plateforme se prépare au rush de la nuit du jour de l’An ?

Les chauffeurs savent qu’il peut y avoir beaucoup de demandes. De notre côté, on va s’assurer que la majoration de la tarification est effective ce soir-là pour que les chauffeurs aient envie de travailler mais avec un certain plafond, pour que cela reste des montants acceptables pour les passagers. En 2020 et 2021, persistaient encore des consignes sanitaires, j’espère qu’en 2022 on verra une belle fin d’année.

Adoptez-vous des stratégies différentes selon les villes ?

Quand vous êtes chauffeur VTC, vous avez une licence nationale avec laquelle vous pouvez travailler partout et cela a beaucoup d’avantages. Notre application n’est pas fermée, si vous voulez l’ouvrir à la montagne ou en Lozère, vous pouvez trouver un chauffeur. En théorie c’est ouvert partout, et de temps en temps on lance une nouvelle ville quand l’offre des chauffeurs est suffisante et les besoins des passagers identifiés. Par exemple dans une ville comme Nice, qui a une activité extrêmement saisonnière, heureusement que d’autres chauffeurs d’autres villes peuvent venir en renfort.

Au 1er août 2020, j’ai pris mes fonctions, et mon premier engagement était de venir à la rencontre des chauffeurs. J’ai fait un tour de France et je le refais chaque année. Les préoccupations sont différentes d’une ville à l’autre. A Nice, les chauffeurs peuvent faire des trajets vers Monaco, ou l’arrière-pays Niçois très escarpé, des trajets pour lesquels l’électrique n’est pas jugé adapté. Par contre, 66 % des véhicules bordelais de la plateforme sont green, c’est-à-dire hybrides ou électriques. La moyenne nationale se situe un peu au-dessus de 50 % donc je ne suis pas étonnée que la problématique du manque de bornes de recharge se présente à Bordeaux, en avance sur le sujet de l’électrique.

Par quels moyens incitez-vous vos chauffeurs à aller vers des véhicules plus propres ?

On a pris l’engagement à horizon fin 2024 en France, de n’avoir plus aucun véhicule diesel sur la plateforme. Sachant qu’en 2020, 85 % des véhicules enregistrés étaient diesel, on peut mesurer à quel point ce plan est ambitieux. On vise aussi 50 % de véhicules électriques d’ici 2025.

On n’impose rien à nos chauffeurs mais on a bâti ce plan avec eux. On a identifié deux principaux freins : le prix d’achat du véhicule car il n’y a pas encore vraiment de marché de l’occasion en électrique et la maintenance dans le temps. On a mis en place un plan de soutien de 75 millions d’euros à horizon 2025 pour financer l’achat de véhicules électriques pour les chauffeurs.

Comment trouve-t-on cette somme ? Chaque passager qui commande un service Uber, quand ce n’est pas Uber green, paye trois centimes par kilomètre en plus, qui sont cagnottés par le chauffeur. Ce n’est pas appliqué aux utilisateurs d’Ubergreen pour faire en sorte que cette option la plus vertueuse soit aussi la moins chère. Quand le chauffeur veut récupérer cette cagnotte, Uber double la mise. Par exemple pour un chauffeur qui se connecte 42 heures par semaine, au bout de trois ans, il obtient une aide de 4.500 euros.

On a aussi noué des partenariats pour l’installation de bornes de recharge à domicile avec Total Energie pour que les chauffeurs y aient accès à des prix négociés.

Comment traitez-vous la problématique de la protection sociale des chauffeurs ?

Aujourd’hui quand vous demandez aux chauffeurs, 89 % d’entre eux vous disent qu’ils choisissent ce métier pour être indépendants. Et quand je viens à la rencontre de centaines de chauffeurs, aucun ne me demande d’être salarié. Le 4 mars 2020, la cour de cassation a reclassifié pour la toute première fois un chauffeur en salarié et on s’est dit que ça allait faire jurisprudence. Mais depuis, 244 cas ont été jugés et dans plus de 90 % des cas, le chauffeur cela n’a pas été le cas. Il faut inventer un modèle où on peut être à la fois indépendant et avoir davantage de protection sociale.

La France a pris une voie unique en mettant en place un dialogue social au niveau sectoriel, avec les associations élues de chauffeurs et différentes plateformes. Cela a démarré en novembre, et j’espère que les premiers accords (revenus minimums, protection des revenus etc.) arriveront d’ici la fin de l’année.

Auparavant, Uber avait déjà mis en place des dispositifs de protection, et notamment une assurance payée à 100 % par Uber grâce à un partenariat avec AXA et qui couvre tout ce qui est ATMP (accident du travail et maladie professionnelle).

Il faut qu’on préserve la flexibilité en apportant de la protection et je crois que l’heure est à la maturité s’agissant de la tradition de discussion d’Uber avec les chauffeurs.

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