Haute-Garonne : Une brique de lait rose produite et vendue en circuit court au juste prix

CONSOMMATION Des agriculteurs se sont associés à une usine toulousaine de production de produits laitiers frais afin de créer une brique de lait en circuit court et plus rémunératrice pour les producteurs

Béatrice Colin
La Brique de lait rose a été créé pour valoriser la production laitière d'agriculteurs de Haute-Garonne.
La Brique de lait rose a été créé pour valoriser la production laitière d'agriculteurs de Haute-Garonne. — B. Colin / 20 Minutes
  • Une dizaine de producteurs laitiers de la Haute-Garonne se sont associés à l’usine YeoFrais de Toulouse pour produire « La Brique Rose », un litre de lait UHT vendu en grande surface et utilisé dans les cantines collectives.
  • Sa production doit permettre de maintenir une production laitière dans le département, dont le nombre d’exploitants s’est effondré ces dernières années.
  • Grâce à cette « Brique Rose », les agriculteurs sont mieux rémunérés et peuvent répondre à la demande de produits en circuits courts et traçables.

« Ce lait est produit, mis en brique et sera bu en Haute-Garonne, c’est du 100 % local », se félicite Pascal Martin. Cet éleveur de Montbéliardes, installé à Castillon-de-Saint-Martory, fait partie de la dizaine d’agriculteurs du Comminges qui se sont associés pour créer « La Brique Rose », un litre de lait UHT bientôt disponible dans les supermarchés de la région Occitanie mais aussi les cantines gérées par les collectivités locales.

Depuis ce mardi matin, chaque heure, 15.000 briques sortent de la ligne de production de l’usine YeoFrais, implantée au cœur de Toulouse. « Ce nouveau produit va aider les producteurs laitiers, notamment à rester dans la région », espère Jérôme Servières, le directeur général de la société qui met sur le marché chaque année 110 tonnes de produits laitiers, de la crème au yaourt.

Aujourd’hui, il a besoin de projets ambitieux comme celui-ci pour motiver les agriculteurs à poursuivre leur activité de production laitière, en perte de vitesse ces dernières années. Sans eux, la survie de la laiterie XXL toulousaine est en effet mise en péril. « On ne peut accepter la désertification de nos territoires. Dans ce département, nous installons seulement un jeune par an en production laitière. A ce rythme, dans trente ans, on sera trente. Or, quand on voit la consommation de lait qu’il y a dans notre département, ce projet fait sens. Et il n’entre pas en concurrence avec d’autres projets, il y a assez de place pour tout le monde », assure Sébastien Albouy, le président de la chambre d’agriculture de la Haute-Garonne qui a soutenu le projet.

Une meilleure rémunération pour les agriculteurs

Pour parvenir à convaincre les producteurs de choisir cette nouvelle voie plutôt que se tourner vers des géants comme Lactalis, ses responsables ont donc mis en valeur le côté local et sa traçabilité. Ils ont accès aussi la communication sur un sujet qui sensibilise de plus en plus les « consom’acteurs » : celui du juste prix. Dans le sillon de la brique bleue « C’est qui le patron », « La Brique Rose » affiche la couleur sur son packaging « Le lait de Haute-Garonne qui rémunère mieux ses éleveurs locaux ».

La rétribution de la dizaine d’agriculteurs lancés dans cette aventure sera en effet cinq centimes au-dessus du prix moyen du litre qui se pratique en France. « Quand la rémunération n’est pas digne et suffisante, on sait les situations de misère qui en découlent. En dix ans, le nombre d’exploitations laitières a été divisé par deux dans en Occitanie », relève Carole Delga, la présidente de la région qui a accompagné ce projet qui répond à ses ambitions de « souveraineté alimentaire ».

D’ici deux ans, 3 millions de « briques roses » devraient être commercialisées chaque année. « C’est peut-être le début de quelque chose », espère Pascal Martin qui veut croire en ce circuit court.