La crise grecque ne préfigure pas forcément le début d'une nouvelle crise économique

ECONOMIE C'est l'avis de plusieurs spécialistes interrogés par 20minutes.fr...

Catherine Fournier

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Des manifestants protestent contre la situation économique catastrophique en Grèce, à Athènes, le 23 avril 2010.
Des manifestants protestent contre la situation économique catastrophique en Grèce, à Athènes, le 23 avril 2010. — AFP PHOTO: Angelos Tzortzinis

En septembre 2008, la faillite de la banque américaine Lehman Brothers sonnait le début de la crise des subprimes. Presque deux ans plus tard, la quasi-faillite de la Grèce augure-t-elle d'une nouvelle crise financière puis économique mondiale? 

A priori non, répondent plusieurs spécialistes interrogés par 20minutes.fr D'abord parce qu'il est difficile de comparer les deux situations. «En 2008, les banques étaient dans un risque systémique», rappelle Alexander Law, économiste à l'institut Xerfi. Une majorité d'établissements internationaux étaient en effet impliqués. Le cas de la Grèce reste pour l'instant circonscrit au niveau européen.

«Atermoiements inacceptables»

 Ensuite, les analystes tendent à penser que l'Union européenne va finir par réagir. «Nécessité va faire loi et on peut espérer une intervention digne de ce nom», poursuit Alexander Law, fustigeant les «atermoiements inacceptables» de l'Allemagne. Angela Merckel freine en effet des quatre fers dans l'activation du plan d'aide de 45 milliards d'euros prévu par l'UE et le FMI. Or, le temps presse, la Grèce devant rembourser dès le 19 mai prochain quelque 8,5 milliards d'euros.

Ses partenaires européens craignent un «aléa moral», explique Alexander Law: aider un pays accusé d'avoir dissimulé l'état de ses finances met à mal les règles en vigueur de la zone euro. «Celles-ci ne fonctionnaient pas de toute façon, pointe l'économiste. Il sera bien temps d'en faire de nouvelles après. L'urgence, c'est de sortir la Grèce de l'impasse.»

Dans le cas contraire, le risque de déboucher sur une nouvelle crise à grande échelle est bien réel selon les spécialistes. Le phénomène de contagion semble déjà amorcé, le Portugal faisant lui aussi l'objet d'attaques spéculatives, les marchés pariant sur le fait que ce pays pourrait à son tour être confronté un défaut de paiement de ses dettes. «Le tablier craque par là où il est le plus fragile», observe Christophe Sinnassamy, enseignant en finances publiques à Paris II. A savoir deux des quatre pays dans le collimateur de Bruxelles depuis 2006-2007, les «Pigs»: le Portugal, l'Irlande, la Grèce et l'Espagne.

«Crise des Etats»

Les agences de notation, qui évaluent le risque de défaut de paiement pour chaque pays, jouent un rôle notable dans cette situation: «Elles sont reconnues comme étant peu fiables mais étant donné leur réseau médiatique, l'effet est instantané et néfaste», déplore Christophe Sinnassamy. Si d'autres pays que la Grèce sont entraînés dans la spirale et ne peuvent à leur tour plus emprunter sur les marchés, le manque à gagner pour leurs créanciers, à savoir les autres pays de la zone euro, sera beaucoup plus important, eux-mêmes exposés à un risque d'accroître leur dette et ainsi de suite. 

Après la crise financière et économique, «on assiste à une crise des Etats, qui se sont endettés pour juguler la récession provoquée par la première crise», explique Nicolas Bouzou. Le cas grec risque d'alourdir un peu plus la facture. Au final, «le pire à craindre, c'est pour les populations», pronostique Christophe Sinnassamy. La crise sociale n'est jamais bien loin.