Pouvoir d’achat : L’application Geev va réaliser « entre huit et dix millions de dons » d’objets en 2022

INTERVIEW Le cofondateur de l’application bordelaise spécialisée dans le don d’objets a répondu aux questions de « 20 Minutes »

Propos recueillis par Mickaël Bosredon
— 
L'application Geev, spécialisée dans le don d'objets, a été créée en 2017 à Bordeaux.
L'application Geev, spécialisée dans le don d'objets, a été créée en 2017 à Bordeaux. — Geev
  • Lancée dans une démarche « écoresponsable », l’application de dons d’objets entre particuliers Geev répond aussi aux problématiques de pouvoir d’achat de plus en plus présentes.
  • La crise du Covid « a été un accélérateur gigantesque », assure le cofondateur de l’application qui va traiter cette année entre huit et dix millions de dons, contre un million en 2020.
  • Le modèle économique repose sur des comptes professionnels, payants, la publicité pour la version gratuite de l’appli et une formule d’abonnement « premium » à 25 euros par an.

Née à Bordeaux il y a cinq ans, la start-up Geev emploie aujourd’hui une quinzaine de personnes. Son cofondateur Hakim Baka revient pour 20 Minutes sur les évolutions de l’application spécialisée dans le don d’objets, et sur le boom que connaissent les jouets à l’approche de Noël.


Hakim Baka a cofondé Geev en 2017.
Hakim Baka a cofondé Geev en 2017. - Sylvain Granier

Vous observez depuis deux ans, une augmentation des jouets et objets récupérés sur l’application Geev, en période de fêtes, pourquoi ?

Entre 2020 et 2021, nous avons relevé + 20 % sur les dons de jouets autour de la période de Noël, sachant que le jouet représente environ 600.000 objets par an sur notre plateforme. On s’attend à au moins autant cette année, d’autant plus que les gens gèrent de plus en plus leurs stocks en amont : en gros, ils vident leurs placards début décembre pour pouvoir les remplir trois semaines après. Il y a peut-être aussi une prise de conscience solidaire. Nous le constatons véritablement cette année, la question du pouvoir d’achat est de plus en plus présente.

Sur Geev, tout est gratuit ?

C’est cela. L’application, sortie au printemps 2017, est née du constat qu’il y avait à cette époque un vide gigantesque entre la vente d’objets d’occasion d’un côté, et les encombrants de l’autre. Pour nous, c’était une hérésie qu’il n’existe pas de plateforme, touchant des milliers de personnes, sur cette thématique du don. Quand on a commencé à plancher sur ce projet, quasiment personne ne comprenait où on voulait aller, et les attitudes, les commentaires, entre le lancement de l’application il y a cinq ans et aujourd’hui, c’est le jour et la nuit. En très peu de temps, le monde a changé. Le Covid a été un accélérateur gigantesque : nous allons réaliser cette année entre huit et dix millions de dons, quand on en faisait un million seulement il y a encore deux ans…

Que trouve-t-on comme objets sur Geev, et quel est votre public ?

On trouve tous les produits usuels, comme les meubles, l’électroménager, ainsi qu’une part d’alimentaire… Geev n’est pas un déversoir, on ne récupère pas tous les objets pourris qui ne se vendent pas sur les autres plateformes. C’est vraiment l’utilisateur qui choisit un autre objectif que celui de la rémunération. Il faut garder à l’esprit que les plateformes de vente d’objets d’occasion rencontrent, au mieux, 40 % de succès, ce qui veut dire que plus de la moitié des objets postés sur Le Bon Coin ou Vinted ne sont jamais vendus, ce qui représente des millions d’objets. Par ailleurs, un process de vente est compliqué et peut prendre du temps. Geev est avant tout positionné sur la thématique écoresponsable, mais nous avons plusieurs profils qui fréquentent notre site, et certaines personnes sont aussi dans le besoin, c’est plus souvent le cas pour nos produits alimentaires.

Quelles sont les exigences que vous fixez pour garantir la qualité de l’objet ?

Le seul critère que nous avons c’est l’usage : à partir du moment où l’objet peut être utilisé, ça passe. Un canapé très sale, abîmé, même s’il n’a que trois ans, ça ne passe pas. S’il a trente ans mais se trouve en bon état, c’est OK. C’est en cela que l’on vient en complément de l’associatif, car certaines associations, qui regardent le potentiel de revente des objets, n’accepteraient pas certains de ceux qui passent chez nous.

Les entreprises peuvent-elles faire des dons sur votre plateforme ?

Nous avons ouvert cette année la plateforme aux professionnels, avec des magasins qui donnent des invendus ou des retours clients, directement depuis le lieu du point de vente. C’est une manière pour ces enseignes de valoriser leurs stocks, et d’attirer du trafic dans leurs magasins. On va continuer à développer cela.

Plus largement, quel est votre modèle économique ?

Nous travaillons justement de plus en plus en BtoB avec les professionnels. Il y a les magasins qui ont des comptes payants, les chaînes de la grande distribution sur le mobilier, le textile… Pour les particuliers, il existe une version gratuite de l’application financée par la publicité, et une version payante à 25 euros par an, dans laquelle les abonnés bénéficient d’avantages, comme la possibilité d’accéder prioritairement à certains objets et de récupérer en plus grand volume, alors que les non-abonnés sont restreints. Les abonnés peuvent ainsi accéder quasiment en illimité, à un catalogue de produits qui va du mobilier à l’alimentaire. Nous avons environ 20.000 abonnés à ce jour, cela commence à bien fonctionner.



Quel sera votre chiffre d’affaires pour 2022 ?

Nous ne sommes pas encore rentables, mais nous devrions quand même arriver cette année entre 800.000 euros et un million d’euros de chiffre d’affaires, et quatre millions d’inscrits d’ici à Noël. On rayonne sur la France entière, et on commence même à s’intéresser à l’étranger.