Le Portugal nouvelle cible des spéculateurs

PORTUGAL Les Bourses européennes chutent en réaction à l'envolée des taux d'intérêt portugais...

Charlotte Mannevy et Armelle Le Goff

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Le Premier ministre portugais Jose Socrates au palace Sao Bento à Lisbonne le 28 avril 2010.
Le Premier ministre portugais Jose Socrates au palace Sao Bento à Lisbonne le 28 avril 2010. — Francisco Seco/AP/SIPA

Calmer les marchés. C’est l’objectif du gouvernement portugais, soumis à une pression croissante des spéculateurs. Mardi, l’Etat lusitanien a vu son taux d’intérêt à dix ans grimper à 5,2%, contre 4,15% il y a trois semaines. Parallèlement, l’agence Standard & Poor’s a dégradé la note de la dette du pays de «A+» à «A-». Dans la foulée, la Bourse de Lisbonne a perdu 5,36 %. Le ministre portugais des Finances, Fernando Teixeira dos Santos, a aussitôt dénoncé une «attaque» des marchés.

«Nous ne sommes pas dans une situation aussi critique que la Grèce, a renchéri le ministre des Affaires étrangères, Luis Amado. Nous n’avons pas menti sur nos statistiques». Confronté à un déficit de 9,4% du PIB (contre 11,4% pour la Grèce) pour une dette de 126 milliards d’euros en 2009, le gouvernement portugais s’est engagé à le ramener à 8,3% en 2010, puis sous la limite européenne de 3% du PIB d’ici à 2013. Il n’empêche, depuis plusieurs semaines, Lisbonne est regardé avec suspicion par l’ensemble de la zone euro, qui craint un nouveau scénario grec.

«Effet domino»

Le gouvernement socialiste de José Socrates a bien annoncé des mesures de réduction des dépenses. Mais, minoritaire au Parlement, son cabinet peine à les faire adopter. «Objectivement, le Portugal est dans une situation beaucoup moins grave que la Grèce, considère l’économiste belge Paul De Grauwe. Mais, si les spéculateurs estiment que le pays ne pourra pas faire face à ses problèmes, et certains le pensent uniquement parce que le Portugal est un pays du sud de l’Europe, alors Lisbonne peut se retrouver dans une situation difficile.»

«On commence à avoir un vrai effet domino, déplore, de son côté, l’économiste Marc Touati, interrogé par 20 Minutes. La zone euro a tardé à réagir face à la crise grecque. Du coup, les marchés commencent à regarder les autres mauvais élèves. Le problème, c’est qu’après le Portugal, il y aura peut-être l’Italie, l’Espagne, ou encore la France!» Seule solution pour l’économiste, une baisse des taux d’intérêt de la zone euro et une déclaration commune des dirigeants européens.