Royaume-Uni : On a comparé les prix d’un panier de courses à Londres et à Paris

britain blues (4/4) Politique, économique, sociale… Le Royaume-Uni est en proie à une crise sur différents fronts. « 20 Minutes » est allé sur place pour prendre le pouls de la population

Jean-Loup Delmas
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Le prix du charriot est devenu 20 % plus cher à Londres qu'à Paris.
Le prix du charriot est devenu 20 % plus cher à Londres qu'à Paris. — ISA HARSIN/SIPA
  • Que ce soit à Downing Street ou dans les supermarchés, les jours se suivent et se ressemblent pour les Britanniques : c’est la crise. Qu’elle soit économique, sociale, énergétique ou politique.
  • L’inflation est la plus élevée du G7 et concerne surtout les produits alimentaires.
  • A Londres, 20 Minutes a rempli un panier de courses pour comparer les prix avec Paris, afin de mieux se rendre compte de la hausse du coût de la vie outre-Manche.

De notre envoyé spécial à Londres,

Le Royaume-Uni sombre dans une crise économique sans commune mesure depuis des décennies. L’inflation a grimpé à 10,1 % sur un an, record du G7. Alors qu’en France, la hausse des prix est estimée à 6,2 % sur la même période. Une crise qui plonge de nombreux Britanniques dans la précarité, la moitié des ménages du pays déclarant ne pas manger à leur faim.

Pour bien mesurer cette inflation, on a pris notre chariot de courses pour aller au premier Tesco Express londonien, le supermarché local. Et comparer les prix avec notre Carrefour Market parisien. Sortez vos calculettes, c’est parti.

Hausse majeure sur les fruits et légumes

On commence par le poulet congelé, dont la hausse spectaculaire avait été citée par Emmanuel Macron sur France 2. Match plutôt équilibré entre les deux capitales, puisque le kilo est à 7,55 euros à Paris, versus 7,86 à Londres. Tant qu’on est au rayon surgelés, le kilo de frites pour accompagner votre volaille est à 2,25 euros à Carrefour, contre 3,82 à Tesco.

Toujours à la recherche de plus de protéines, on passe au jambon. Comme pour le poulet, la différence est minime : 2,4 euros les 125 grammes au Royaume, versus 2,6 en France. Pour trouver des écarts significatifs, allez au rayon fruits et légumes. La banane, deuxième fruit le plus consommée des Français, est à 4,51 euros le kilo au Royaume-Uni, contre 1,99 à Paris ! Le kilo d’orange est estimé à 3,83 euros chez nos amis anglais, contre 0,99 à Paris. « Les fruits frais sont devenus quasiment inaccessibles », nous confirme la caissière du Tesco. D’ailleurs, personne ne s’attarde devant les stands.

Les boissons sévèrement touchées aussi

Même tendance au rayon boissons. A Paris, les 1,25 litre de Coca-Cola coûte 1,55 euro. A Londres, la boisson sucrée est à 2,31 euros. Si vous voulez être plus sain et que vous optez pour le litre de Tropicana orange, préparez-vous à payer 4 euros à Londres, contre 2,05 à Paris. Même la brique de lait n’excède pas les 90 centimes dans notre Carrefour, contre 1,23 à Tesco.

On passe au rayon petit-déjeuner. Le paquet de Frosties fait 620 grammes en France et coûte 3,39 euros. Au Royaume de sa majesté, pour 510 grammes, vous payez quatre euros. Les 4 pots d’Activia fraise coûtent 1,79 euro à Paris, et 2,67 à Londres ! Le tout pour des pots de 125 grammes à Paris, contre 110 grammes là-bas. « Les desserts, ça fait longtemps qu’on y a renoncé. Trop cher pour ce que c’est. Ça fait moins de sucre, c’est plus sain, je suppose », confie une cliente. Pour les amateurs d’english breakfast, le lot de 6 œufs frais est estimé à 1,59 euro chez nous, contre 1,45 chez eux. Léger avantage à l’Angleterre. Curieux et mauvais perdant, on a voulu comprendre les raisons de cette défaite : avant le Brexit, le Royaume-Uni a développé à vitesse grand V sa production d’œufs, afin d’être autosuffisants. Son taux d’autosuffisance en œufs est ainsi passé de 84 % en 2015 à 94 % en 2019.

Le non-alimentaire résiste

Surprise au rayon pâtes : à Londres, elles atteignent le prix délirant de 1,91 euro pour 500 grammes de penne, versus 0,79 à Carrefour. En avril, une étude de la Banque alimentaire anglaise montrait déjà que le prix moyen des produits alimentaires augmentait de 9 %, contre 45 % pour les pastas. Les 250 grammes de riz long grain Ben’s original au micro-ondes sont moins chers là-bas, à 1,25 euro contre 1,59 chez nous. « Les produits au micro-ondes, c’est LA tendance, explique la caissière, car cela ne coûte quasiment rien comme énergie à faire cuire. Les pâtes, c’est non seulement cher à l’achat, mais très coûteux à faire bouillir. »



On termine en prenant soin de nous et de nos affaires. Pour 12,59 euros, Ariel vous fournit 27 capsules pour la machine à linge en France, contre 34 à 10,43 euros à Londres. Il faut croire que le Britannique dépense moins que le froggie pour son apparence puisque le shampoing 250 millilitres L’Oréal y est à 2,32 euros contre 3,65 en France. Preuve aussi que l’inflation se fait principalement sentir sur les produits alimentaires et sur le coût énergie en Angleterre.

Tout cela nous donne un panier à 45,27 euros à Paris, contre 54,13 euros à Londres, soit un écart de presque 20 %. Le tout alors que le salaire moyen mensuel de la capitale anglaise (3.258 euros net) est bien inférieur à celui de la capitale française (3.920 euros net).