Carburants : « Pas de pénurie », mais « pas de visibilité » dans les stations essence

Essence Frédéric Plan, directeur général de la Fédération Française des Combustibles, Carburants & Chauffage, revient pour « 20 Minutes » sur les tensions qui agitent les stations essence

Quentin Ballue
— 
Les stations essence ne désemplissent pas.
Les stations essence ne désemplissent pas. — PATRICK SICCOLI
  • Les automobilistes sont confrontés à de longues files d’attente, voire à des stations essence fermées, depuis plusieurs jours.
  • Le porte-parole du gouvernement Olivier Véran a refusé de parler de « situation de pénurie » mais admet des difficultés pour 12 % des stations.
  • 20 Minutes analyse la situation avec Frédéric Plan, directeur général de la Fédération Française des Combustibles, Carburants & Chauffage

Recherche carburant désespérément. Nombre d’automobilistes désirant se ravitailler ces derniers jours ont dû prendre leur mal en patience. La faute à des stations à sec ou à des files d’attente s’étirant parfois sur des centaines de mètres. Quelles en sont les raisons, et comment la situation va-t-elle évoluer ? 20 Minutes fait le point sur ces tensions à la pompe.

Comment expliquer les difficultés à faire le plein en ce moment ?

Face à la flambée des prix, le gouvernement applique une remise de 30 centimes d’euro par litre depuis le 1er septembre. Un coup de pouce qui a provoqué une ruée vers les pompes. « La demande en station-service a été boostée par un système de remise sur le prix des carburants, auquel s’est ajoutée la prime Total (fixée à 20 centimes) », explique Frédéric Plan. Le géant français a enregistré 30 à 40 % de hausse du nombre de clients.



« On observe un phénomène de consommation, les réservoirs sont davantage remplis que d’habitude, ajoute Frédéric Plan. Ça veut dire des sorties en station-service plus importantes. » Et donc une tension logistique, accrue par le mouvement de grève qui touche quatre raffineries sur six ainsi que plusieurs dépôts pétroliers, dont celui de Dunkerque, l’un des plus importants. « C’est le fait véritablement problématique », juge Frédéric Plan. « Il n’y a pas de pénurie, les produits sont disponibles, mais on ne peut pas les sortir suffisamment. »

Mercredi, Xavier Bertrand, le président de la région Hauts-de-France (la plus impactée avec 30 % des stations affectées), a interpellé le gouvernement en déplorant les conséquences sur « des services publics essentiels, comme les transports scolaires et routiers ».




Les prix vont-ils augmenter ?

Le porte-parole du gouvernement Olivier Véran a admis « des tensions (…) temporaires » en précisant que 12 % des stations rencontrent des « difficultés sur au moins un type de carburant ». L’ancien ministre de la Santé a ajouté que l’Etat avait dû « puiser dans les stocks stratégiques pour permettre d’alimenter » certaines stations. « Sur le marché français, pour pallier l’absence de sortie de ces raffineries en grève, les importations maritimes ont beaucoup augmenté, détaille Frédéric Plan. Des bateaux viennent d’ailleurs sur le gasoil, et bientôt sur l’essence. Ça, ça se fait à des prix plus élevés que le prix du marché. »

Ce qui explique en partie que les prix soient repartis à la hausse. En moyenne, le gazole a ainsi augmenté de 3,6 centimes. La donne pourrait aussi évoluer dans les prochaines semaines avec la décision des pays de l’Opep + de réduire leur production de deux millions de barils par jour en novembre. Une augmentation des prix pourrait en découler, bien que Frédéric Plan joue la carte de l’incertitude : « Les marchés pétroliers sont surprenants. L’Opep peut décider de réduire sa production et pour autant, on peut voir le baril augmenter quelques jours, puis redescendre après. »



La situation va-t-elle perdurer ?

Le groupe Total a annoncé « se mobiliser pour réapprovisionner le réseau grâce à des moyens logistiques supplémentaires ». La perspective du passage de la ristourne gouvernementale de 30 à 10 centimes le 1er novembre laisse néanmoins présager de fortes tensions. D’autant que Total baissera sa remise au même moment, de 20 à 10 centimes.

« La dernière semaine d’octobre est problématique en matière de psychologie du consommateur, c’est vrai pour les professionnels comme pour les particuliers », embraye Frédéric Plan. « Tout le monde va se dire : "Tant qu’à devoir m’approvisionner, autant le faire tant que la remise est là." Il y aura naturellement une demande plus forte sur la dernière semaine d’octobre. »

« Si la grève s’arrêtait aujourd’hui ou demain, ça pourrait passer, mais tant que la grève perdure dans les raffineries, il y aura des problématiques de réapprovisionnement », poursuit-il. « Nous n’avons strictement aucune information sur l’état d’avancement des négociations qui permettraient de faire cesser les grèves aux expéditions des raffineries. N’ayant pas de visibilité, on s’interroge. » Les automobilistes aussi.