Liquidation de Camaïeu : Comment en est-on arrivé aux licenciements de 2.600 personnes ?

Faillite L’enseigne de prêt-à-porter nordiste Camaïeu est en difficulté financière depuis de nombreuses années

Gilles Durand
L'enseigne Camaïeu, placée en liquidation judiciaire.
L'enseigne Camaïeu, placée en liquidation judiciaire. — FRANCOIS GREUEZ
  • L’enseigne de prêt-à-porter Camaïeu n’a pas résisté à la terrible décennie des années 2010 qui a vu le marché du textile et de l’habillement dégringoler.
  • La marque nordiste a été placée, mercredi, en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Lille, avec, a la clé, environ 2.600 licenciements.

Il y a six ans, la dette était déjà d’un milliard d’euros. L’enseigne de prêt-à-porter Camaïeu n’a pas résisté à la terrible décennie des années 2010 qui a vu le marché du textile et de l’habillement dégringoler avec 15 % de baisse globale du chiffre d’affaires. Mercredi, l’entreprise nordiste a été placée en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Lille. Avec, à la clé, la rupture du contrat de travail pour plus de 2.600 salariés.

Pour le syndicat CGT, qui dénonce la non-intervention de l’Etat dans ce dossier, il s’agit d’une « faillite organisée » des actionnaires. Pourtant, il y a deux ans, l’intersyndicale avait approuvé le projet de reprise qui maintenait 2.600 des 3.100 emplois. Depuis, la situation financière ne s’est jamais redressée.

Cyberattaque et loyers impayés

En août, lors du placement en redressement judiciaire, la direction de Camaïeu évoquait les problèmes de hausse des matières premières, mais aussi de loyers impayés. La marque avait demandé, en vain, une baisse des loyers des magasins pendant la période Covid-19. Enfin, l’an dernier, en juin 2021, le site Internet avait dû faire face à une cyberattaque provoquant sa fermeture temporaire.

Mais la liste des difficultés commence dans les années 2010. Créée en 1984 avec au départ un petit magasin à Lens, dans le Pas-de-Calais, l’enseigne avait su conquérir le cœur des femmes. En 2017, selon un sondage, elles sont 29 % à désigner Camaïeu comme leur marque préférée, la plaçant en tête devant H & M, Kiabi et Zara.

En 2019, juste avant la crise du Covid-19, l’enseigne, dont le siège social est basé à Roubaix, dans le Nord, est toujours considérée comme un fleuron français de l’habillement, avec 650 magasins installés dans 15 pays et un chiffre d’affaires de plus de 600 millions d’euros.

Campagne de pub décalée

Néanmoins, l’horizon financier était déjà sombre. En 2016, la crise de l’habillement obligeait l’entreprise à renégocier sa dette qui s’élevait à un milliard d’euros. La moitié a finalement été convertie en actions. Deux ans plus tard, en 2018, la holding financière Modacin, alors propriétaire de la marque, avait été mise sous sauvegarde, déjà à cause de la dette qui s’élevait à plus de 450 millions d’euros.

L’image du groupe en avait pris un coup en 2013 avec l’effondrement du Rana Plaza, au Bangladesh, qui avait fait plus de 1.120 morts. Au milieu des décombres avaient été retrouvés des étiquettes et un pantalon Camaïeu, avait dénoncé le collectif Ethique sur l’étiquette.

L’an dernier, une campagne de pub décalée – l’enseigne ne montrait aucun vêtement – portant sur « les valeurs et l’engagement » avait tenté de modifier le look Camaïeu. Visiblement, ça n’a pas suffi à redorer le blason de l’entreprise.

Réseaux sociaux au cœur de la stratégie

« Sans juger des pratiques de Camaïeu que nous ne connaissons pas, nous constatons qu’aujourd’hui, les marques qui tirent leur épingle du jeu sont celles qui mettent les réseaux sociaux au cœur de leur stratégie commerciale. Mais aussi qui travaillent sur la cocréation avec les consommateurs et s’engagent dans la seconde main », témoigne la Fédération du prêt-à-porter féminin, qui gère les marques indépendantes.



En tout cas, pour le tribunal de commerce de Lille, la situation financière bancale de Camaïeu n’avait que trop duré. « Quand on croule sous le poids de la dette, difficile de mobiliser les finances pour innover et se transformer », souligne une source proche du dossier. La société s’était d’ailleurs vue refuser le prêt garanti par l’Etat.

Une situation qui met environ 2.600 personnes sur le carreau. « Nous allons demander le reclassement de l’ensemble des salariés au sein du groupe qui compte des enseignes telles que Go Sport, GAP et les 22 magasins affiliés des Galeries Lafayette », souligne la CGT, syndicat majoritaire, dans un communiqué.