Montpellier : La ville ne veut plus de dark stores, « ces commerces fantômes »

COMMERCES Ces épiceries sans clients, qui livrent des courses jusqu’à tard, sont dans le collimateur des riverains et de la commune

Nicolas Bonzom
Le local de Getir, rue Rigaud, à Montpellier.
Le local de Getir, rue Rigaud, à Montpellier. — N. Bonzom / Maxele Presse
  • La ville de Montpellier souhaite lutter contre l’implantation des dark stores, ces épiceries sans client qui livrent des courses jusqu’à tard.
  • L’ouverture de telles structures engendrent « des nuisances pour les riverains », et « mettant à mal nos commerces », pointe la commune.
  • Encore faut-il avoir des outils pour lutter contre cette nouvelle forme de commerce. Un arrêté devrait bientôt paraître, pour clarifier un cadre légal un peu flou.

Rue Rigaud, à Montpellier (Hérault), depuis l’ouverture d’un Getir, les habitants sont excédés. Dans ce « dark store » (une épicerie sans client), des coursiers à scooters récupèrent, jusqu’à tard, les produits qu’ils livrent illico aux clients de ce géant du « quick commerce ». « C’est un défilé, jour et nuit, témoigne une habitante du quartier. Et il y a le camion, qui livre vraisemblablement les produits, entre 6 heures 30 et 7 heures, le matin. L’été, quand on dort la fenêtre ouverte, vous imaginez un peu. » Sans compter, poursuit cette Montpelliéraine en télétravail, les regroupements de livreurs, devant le local.

De son côté, la ville de Montpellier s’est engagée, ces derniers jours, à lutter contre l’implantation de « ces commerces fantômes », dit-elle. « Ces entrepôts », pointe son maire, Michaël Delafosse (PS), « multiplient les nuisances pour les riverains ». Mais ce n’est pas le seul reproche fait à ces enseignes. Selon l’élu, elles « mettent à mal nos commerces ». A 20 Minutes, la commune explique, en effet, que le foisonnement de ces structures fragilise « le tissu du commerce local », en usant d’une « concurrence déloyale ». Et en plus, les dark stores chipent des locaux à des magasins traditionnels.

Un arrêté imminent considérant les dark stores sont des entrepôts

Encore faut-il que la commune ait les moyens d’agir. Car le cadre légal était, jusqu’alors, un peu flou. Ces épiceries sans client doivent-elles être considérées comme des commerces, ou des entrepôts ? Si ce sont des entrepôts, il n’est pas question que les gérants signent des baux commerciaux. Et si c’est le cas, la commune peut rouspéter.

Le 6 septembre, Fanny Dombre-Coste (PS), la première adjointe au maire de Montpellier, a participé à une concertation, avec le gouvernement, pour réfléchir, avec d’autres élus venus de toute la France, à une réglementation à ce sujet. Et l’Etat a tranché : les dark stores sont bel et bien des entrepôts, « qu’il y ait ou pas un point de retrait », a indiqué la ministre déléguée au Commerce, Olivia Grégoire, à l’issue de cette réunion. Un arrêté devrait être publié, dans les prochains jours. Un nouvel outil, qui devrait permettre aux communes de s’attaquer plus facilement à ces dark stores dont elles se méfient.

« On veut agir localement pour que cela fonctionne »

En attendant, à Montpellier, on se débrouille. Le 15 septembre, la commune a racheté le fonds de commerce de l’ancien Quick, sur la place de la Comédie, pour « éviter le risque de l’implantation d’un éventuel dark store ou d’un commerce inadapté au cœur battant de la métropole que représente la place de la Comédie », confie Michaël Delafosse.

Les enseignes, elles, se défendent. A 20 Minutes, Getir assure avoir établi « un dialogue très fluide avec les voisins ». « La nouvelle responsable de notre magasin les a rencontrés et leur a donné son téléphone de numéro afin d’être informée dans les meilleurs délais d’un problème et de pouvoir le résoudre rapidement, explique l’entreprise. Nous avons même des voisins qui sont des clients de notre service et que nous livrons à pied. »

« Les réactions rappellent celles d’il y a 20 ans, quand le premier drive est arrivé »

Des mesures ont déjà été mises en place pour apaiser la colère des riverains de la rue Rigaud : le camion qui assure la livraison des produits dans le local passera, dès la semaine prochaine, de 7 heures 30 à 9 heures, et les sonneries des téléphones des livreurs « ont été baissées ». Getir est, poursuit l’enseigne, « un nouveau canal de distribution qui répond à un nouveau besoin ». Un service complémentaire « des autres formes de distribution. A Montpellier, il y a près de 700 commerces alimentaires (…), pour deux magasins de quick commerce. Les réactions que nous voyons, aujourd’hui, rappellent celles d’il y a 20 ans, quand le premier drive est arrivé. Aujourd’hui, plus de 100 nouveaux drives ouvrent chaque année (…) sans aucun problème. »

Flink, l’autre leader du quick commerce, lui aussi présent à Montpellier, espère, auprès de 20 Minutes, qu’un « cadre juridique à la fois ambitieux et favorable au développement de [ses] activité́s » émerge. « Conscients des défis qu’emporte le développement de toute nouvelle activité commerciale, et a fortiori la nôtre, dans un centre-ville, nous avons déjà pris de nombreux engagements », confie Francois d’Hautefort, directeur général de Flink France. « En valorisant des produits locaux (…), en communiquant régulièrement avec les riverains pour prendre en compte leurs préoccupations et suggestions, en employant des centaines de personnes en CDI, en les formant, en privilégiant les mobilités douces ou en nouant des liens avec le tissu associatif pour prévenir le gaspillage alimentaire (…), nous contribuons à un dynamisme local très éloigné de l’image de la dark city dépeinte à tort. »