Le bouclier fiscal, ceux qui sont contre, ceux qui le défendent

POLITIQUE Échaudés par l'ampleur de la gifle des régionales, les députés de la majorité se défoulent sur le bouclier fiscal. Petite revue des positions à droite...

Maud Noyon

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Jean-François Copé, François Fillon et Gérard Longuet au Touquet le 25 septembre 2009
Jean-François Copé, François Fillon et Gérard Longuet au Touquet le 25 septembre 2009 — AFP PHOTO PHILIPPE HUGUEN

Ceux qui sont contre

- Historiquement, les centristes sont opposés au bouclier fiscal mais, membres de la majorité, ils ont dû ravalé leur orgueil et leurs critiques. Mardi, le chef de file des députés centristes, François Sauvadet a profité du début de fronde pour rappeler que la mesure est «une mauvaise réponse» que le Nouveau Centre souhaite remettre «à plat». Même son de cloche chez le président de l'Alliance centriste Jean Arthuis qui a estimé une nouvelle fois que le bouclier fiscal, comme l’ISF, devait être supprimé.

- Ils retournent leur veste et se positionnent pour la suite. Il avait instauré un bouclier à hauteur de 60%, mais il estime que celui-là doit être «suspendu»: l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin a profité de la présentation de son nouveau parti pour dire tout le mal qu’il pensait de cette mesure, rejoint dans ce sens par les députés UMP qui lui sont proches comme François Goulard, qui en parle comme «symbole de l'injustice et de l'iniquité».

Avec une ambition présidentielle moins avouée mais des critiques acérées, l'ex-Premier ministre Alain Juppé a répété mardi qu'il fallait aménager le bouclier fiscal, expliquant qu’il ne trouvait pas choquant «qu'on demande aux très riches de faire un effort de solidarité supplémentaire vis-à-vis de ceux qui souffrent». 

-Ils invoquent la crise pour se lâcher. «Ce bouclier fiscal, chacun peut le comprendre en période de croissance», mais pas vraiment en temps de crise, a assuré un des fers de lance de la fronde anti-bouclier, le chef des sénateurs UMP Gérard Longuet. La crise économique, débutée à la rentrée 2008, est subitement revenue dans les esprits des parlementaires au lendemain de régionales catastrophiques mais libératrices.

«Jusqu'à présent, on n'osait pas parler du bouclier fiscal. La parole s'est un peu libérée, on s'autorise à verbaliser sur ce dispositif en proposant d'autres solutions», a expliqué mardi la députée filloniste de Meurthe-et-Moselle, Valérie Rosso-Debord, au lendemain du huis clos réunissant le Premier ministre et les députés UMP où la suspension de la mesure avait été réclamée par le député Gilles Carrez et le sénateur Jean-Pierre Fourcade.

-Ils font semblant de douter. Histoire de ne pas critiquer trop frontalement le pouvoir mais de montrer à son troupeau qu’il l’écoute, le président du groupe à l'Assemblée Jean-François Copé, jusqu'ici farouche défenseur de la mesure sarkozyste, se fait désormais plus prudent. Il juge «prématuré» d'évoquer le sujet mais sans rejeter l'idée d'un aménagement: «Je n'ai pas une religion totalement définitive».

Ceux qui le défendent:

-Au nom de la stabilité et de l’équité. Ne pas défaire ce qui a déjà été fait. Le président de l'Assemblée nationale Bernard Accoyer a estimé mercredi qu'il fallait «arrêter de changer en permanence toutes les règles», la France ayant «besoin de stabilité». Portant le bouclier fiscal au rang de «principe fondateur» de la politique du gouvernement, le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre a lui aussi estimé mardi «pas judicieux d'envisager la remise en cause» de la mesure. De son côté, le nouveau ministre du Budget, François Baroin, s’est dit favorable au maintien du bouclier fiscal, «un bon principe d'équité fiscale».

-Ceux qui refusent la démagogie. «Faire croire qu'une seule mesure permettrait de tout régler, ce n'est pas la vérité»: le secrétaire général de l'UMP, Xavier Bertrand, a expliqué mardi refuser de mentir aux Français. Mais surtout de démentir les propos du Premier ministre. Dimanche, dans une longue interview, François Fillon s’était refusé à envisager une abrogation, qualifiant d'«argument démagogique» une suppression du bouclier fiscal.