Les fermes ne sont pas sorties de l'auberge

AGRICULTURE Nicolas Sarkozy va défendre ce jeudi son plan de soutien aux exploitations en difficulté...

Angeline Benoit

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Ils remplissent nos assiettes, mais n'arrivent pas à en vivre. Le président de la République se déplace ce jeudi dans la Drôme pour défendre son plan de «soutien exceptionnel pour l'agriculture» présenté le 27 octobre dans le Jura. Après une chute de 20% de leurs revenus l'an dernier, de nombreux paysans s'attendent à une nouvelle perte de pouvoir d'achat en 2009. Souvent surendettés, ils peinent à faire face à la baisse des cours mondiaux et à la réduction des aides agricoles. Hier, des producteurs laitiers ont manifesté en Haute-Vienne, au Nord-Pas-de-Calais et dans la Manche tandis que lundi, une dizaine d'agriculteurs syndiqués ont tagué le siège local de l'UMP et la trésorerie générale à Toulouse avec les inscriptions «Sarko menteur», «agriculteurs en faillite» ou encore «Voleurs».

La politique agricole privatisée

L'inquiétude reste palpable malgré le milliard d'euros de prêts et les 650 millions d'aides directes débloqués par Nicolas Sarkozy. «Bien que ces mesures apportent une bouffée d'oxygène aux paysans français, ces derniers ont besoin de prix qui leur permettent de vivre!», s'exclame le premier syndicat agricole, la FNSEA. Or, c'est là que le bât blesse. Les négociations sur la politique agricole commune (PAC), qui protège les agriculteurs des variations des cours mondiaux, reprennent ces prochaines semaines. Et le gouvernement français ne rassure pas les exploitants lorsqu'il évoque «des mesures qui ont fait leur temps et qui irritent nos partenaires». «Le problème de la dérégulation du marché reste entier», confirme Michel Portier, gérant d'Agritel, société de conseil sur les matières premières agricoles. Pour Hervé Plagnol, rédacteur en chef de l'agence spécialisée Agra, le Président a même renforcé la privatisation de la PAC, entamée depuis des années, en donnant aux banques un rôle inédit. Pour que les aides soient distribuées plus vite, «on oublie les procédures d'instruction de dossiers par l'administration» pour donner la main aux établissements financiers, s'étonne le spécialiste sur le site lesantennes.org, le gratuit citoyen de la région grenobloise.

Vigilants, les syndicats ont annoncé qu'ils mettraient en place «des cellules de veille et de conseil dans les départements». Reste à voir, s'interroge Hervé Plagnol, si une telle politique agricole permettra aux agriculteurs de «répondre aux demandes de la société».