la Sécu sous haute tension

Angeline Benoit

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Les sénateurs tenteront de sauver la Sécu à partir d'aujourd'hui, face à un gouvernement inflexible. « Reporter les décisions ne rendra que plus difficiles les efforts qu'il faudra finir par faire pour préserver notre niveau de protection sociale », prévient Alain Vasselle (UMP, Oise), rapporteur général du budget de la Sécu pour 2010. Ce texte effectue une manoeuvre inédite : il entérine un déficit de 30 milliards d'euros (presque le triple de la pire année depuis 1945) et porte à 65 milliards l'autorisation de découvert de la banque de la Sécu, l'Acoss. « C'est du jamais vu que de gérer de tels besoins de trésorerie à court terme. Aucun acteur ne le fait sur les marchés financiers », s'alarme un proche du dossier. Un jeu « dangereux », parce que les taux d'intérêt peuvent remonter, et parce qu'il « n'y a plus de marge de sécurité », en cas de pandémie ou de dégradation de l'économie.

Pour éviter une catastrophe, les sénateurs demandent donc le transfert de 20 milliards d'euros du trou à la Cades, l'organisme dont la mission est d'épurer la dette sociale. Et d'augmenter en contrepartie de 0,50 % à 0,65 % la CRDS, taxe prélevée sur tous les revenus.

Autre piste : calculer les allégements de charges sociales de manière à ce que les plafonds légaux ne puissent plus être contournés par les entreprises. Pour l'heure, le gouvernement refuse toute hausse des prélèvements afin de préserver « le retour de la croissance ». « C'est aussi politique. Ouvrir le dossier de la Cades est délicat », critique un observateur. En attendant, les affaires continuent. Les médecins en secteur 1 (tarifs fixés par la Sécu) viennent d'obtenir de l'assurance-maladie le droit de faire des dépassements. « Une bonne affaire pour ces médecins et pour le gouvernement, puisque cela ne pèsera pas sur la Sécu, mais sur les patients, via leurs cotisations aux mutuelles », analyse Philippe Frémeaux, directeur de la rédaction d'Alternatives Economiques, sur le site de la revue. W