Le grand emprunt se dégonfle

BUDGET Le coût du projet interroge alors que l’endettement public explose...

Angeline Benoit

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L'Etat espère limiter la facture des intérêts de son grand emprunt national.
L'Etat espère limiter la facture des intérêts de son grand emprunt national. — GILE / SIPA

Le grand emprunt national à 100 milliards d'euros a du plomb dans l'aile. Alors que les députés examinent le budget de l'Etat 2010 avec une prévision de déficit record, les interrogations se multiplient sur l'opportunité de ce nouveau recours à la dette. L'UMP y a consacré, lundi, une réunion, dix jours avant la remise des propositions de la commission présidée par Alain Juppé et Michel Rocard. Le tour du dossier en trois questions.

A quoi servira l'argent récolté?

Depuis l'annonce, le 22 juin, d'un grand emprunt par le Président - pour doper l'économie à long terme -, les demandes affluent de tous les secteurs de l'économie. «On ne doit pas se disperser, on doit faire des choix», a souligné, lundi, le ministre du Budget, Eric Woerth. «Toutes les ressources» de l'emprunt devront être affectées à «des dépenses clairement identifiées comme porteuses de croissance et d'emploi», a précisé le Premier ministre. Des ministres ont ainsi évoqué le «véhicule électrique, le solaire, le nucléaire de 4e génération» ou encore la création de «grands campus». Selon l'Elysée, les décisions devraient être prises début novembre, avant d'être soumises à un débat à l'Assemblée nationale.

Combien l'Etat compte emprunter?

Il n'est plus question des 100 milliards d'euros évoqués en juin par des proches du Président, mais plutôt d'une hypothèse de 30 milliards. De fait, la dette totale de l'Etat atteint déjà 1.134 milliards d'euros, et devrait encore augmenter de 85 milliards l'an prochain, hors grand emprunt. L'Etat prévoit de payer 44 milliards d'euros d'intérêts en 2010, soit près du double de ce qu'il dépensera pour les universités et la recherche. Si le grand emprunt alourdit les frais financiers, ce sera autant d'économies à faire sur les dépenses publiques courantes. Les organisations patronales et syndicales consultées par l'Elysée ont donc appelé à agir avec prudence face au risque d'aggravation de la dette.

Les particuliers seront-ils sollicités?

Pour attirer les particuliers, et concurrencer l'assurance-vie, l'Etat devrait proposer un taux de rémunération d'au moins 4%. En 1993, l'emprunt Balladur avait été lancé à 6 %. D'un montant de 16,8 milliards d'euros, il avait coûté 2,1 milliards d'euros d'intérêts et engendré 450 millions d'euros de frais (réductions d'impôt accordées aux ménages souscripteurs, commissions aux banques, publicité, etc.). Sur les marchés, l'Etat peut obtenir un taux de 2,5%. Les investisseurs professionnels acceptent une rémunération très faible car il s'agit d'un produit sûr et facile à revendre. Et les banques ne prennent pas de commission car la dette de l'Etat est très demandée et proposée sur tous les marchés. Pour un emprunt de 30 milliards, l'Etat peut donc espérer limiter la facture totale des intérêts à 1,5 milliard d'euros.