« Les banques ont intérêt à vite rembourser »

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La Société générale imite ses concurrents.
La Société générale imite ses concurrents. —

Sauvées de l'asphyxie par le contribuable il y a un an, les banques n'ont plus qu'une hâte : se débarrasser de leurs dettes. Après BNP Paribas et le Crédit mutuel la semaine dernière, la Société générale a annoncé hier qu'elle allait émettre 4,8 milliards d'euros d'actions pour rembourser 3,4 milliards d'euros à l'Etat. Alors que le remboursement des 19,8 milliards d'euros d'aides publiques aux banques n'était pas attendu avant 2010 au plus tôt, il est désormais effectué à 50 %. Décryptage.

Pourquoi les banques françaises sont-elles si pressées de rembourser l'Etat ?

La première raison est que cette aide leur coûte cher. Contrairement à ce qu'on a pu entendre, l'Etat n'a pas donné d'argent gratuitement. Il l'a prêté à un taux de 8 %, ce qui est bien supérieur aux tarifs habituels sur les marchés financiers. C'était donc par définition une aide transitoire pour les banques, qui leur a permis de renforcer leurs fonds propres à un moment où la panique et la méfiance rendaient impossible une émission d'actions. Par ailleurs, les banques ont intérêt à rembourser pour ne plus avoir de comptes à rendre. Ces derniers temps, la pression du gouvernement a été très forte sur les rémunérations ou encore le volume de crédits distribués aux particuliers et aux entreprises.

N'est-ce pas surprenant que les banques soient redevenues rentables si rapidement ?

Oui et non. Nombre de banques dans le monde n'ont pas survécu à la crise, même si les banques françaises s'en sortent mieux dans l'ensemble. Celles qui ont été plus prudentes ont donc profité de la place laissée par les autres. Certaines ont gagné beaucoup d'argent en organisant des emprunts sur les marchés financiers pour des entreprises et des Etats. Elles ont aussi fait des affaires en achetant et en revendant des titres dont la valeur est remontée après s'être effondrée. Dans certains pays émergents, les Bourses se sont ainsi envolées de 80 % depuis le début de l'année. Il n'y avait plus qu'à se baisser pour ramasser l'argent. Enfin, les banques sont aidées par une politique monétaire particulièrement accommodante, puisqu'elles empruntent à un taux très faible aux banques centrales et prêtent beaucoup plus chers.

Le gouvernement n'aurait-il pas fait une meilleure affaire en achetant des actions pour les revendre, au lieu de prêter de l'argent aux banques ?

C'est vrai que certaines banques ont vu leur cours doubler et que l'Etat aurait pu gagner beaucoup d'argent s'il avait souscrit des actions nouvelles. D'un autre côté, il pouvait aussi en perdre en cas de nouvelle dégringolade. Politiquement, c'était délicat comme opération. C'est sans doute la raison pour laquelle il a préféré une rémunération garantie, même si le gain potentiel était plus faible. Lorsque l'Etat avait secouru l'entreprise Alstom, il avait acheté du capital, et avait fait une plus-value à la revente. Mais avec les banques, ce n'était ni les mêmes montants ni les mêmes enjeux. Le gouvernement ne voulait sans doute pas se retrouver coincé avec 20 milliards d'euros dans la nature pour une durée indéterminée. W

Recueilli par Angeline Benoit