Salariés ou consommateurs, ça les travaille

REPORTAGE Au centre commercial Usines Center de Villacoublay, le dimanche on a toujours travaillé...

Charlotte Mannevy

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Les magasins d'Usines Center ouvrentle dimanche depuis plus de vingt ans.
Les magasins d'Usines Center ouvrentle dimanche depuis plus de vingt ans. —

Alors qu'une enquête réalisée pour «20Minutes» et France Info montre de nombreuses réticences, il y a du monde dans les centres commerciaux ce jour là. Il est tout juste 11h30 et le parking est déjà plein. Au centre commercial Usines Center de Villacoublay (Yvelines), le dimanche, c'est sacré. Depuis sa création il y a plus de vingt ans, les 140 commerçants ouvrent ce jour-là, d'abord dans l'illégalité, puis sur dérogation préfectorale. Car sans dimanche travaillé, il n'y aurait pas de centre commercial: ici, le chiffre d'affaires dominical représente 40%, voire 60% du chiffre de la semaine.

Les clients sont en effet au rendez-vous: 20.000 personnes déambulent dans les allées chaque dimanche, contre 8.000 en semaine. La grande majorité ne vient qu'une ou deux fois par an, quasiment tous en famille: «C'est souvent le seul jour où ils peuvent faire du shopping. Dans les familles d'aujourd'hui, les deux parents travaillent, analyse Yves Slama, propriétaire d'une boutique de vêtements. Le samedi est réservé aux courses alimentaires, au ménage, aux activités des enfants. Ces gens-là ne peuvent pas venir le reste de la semaine.»

>> Retrouvez notres dossier sur le travail du dimanche par ici

«On vient le dimanche parce que je travaille le samedi», confirme Ophélie, une jeune maman venue acheter une poussette. Pourtant, le travail du dimanche, elle est contre, avoue-t-elle, un peu gênée. «Je travaille aussi dans un centre commercial, à Parly 2. Je n'ai qu'une hantise, c'est qu'on me demande de venir le dimanche aussi.» La loi prévoit pourtant que les salariés auront le choix, mais Ophélie «n'y croit pas. Aujourd'hui, les employés ne sont pas en position de force.» Les commerçants d'Usines Center jurent qu'il n'est pas question d'obliger le personnel à travailler ce jour-là. «Mais quand on postule ici, on sait que l'on devra travailler le dimanche, un point c'est tout», admet Yves Slama.

Les salariés semblent y trouver leur compte : tous sont payés au minimum 50% de plus, et la plupart touchent le double de leur salaire journalier. «Je gagne 1.600 euros net par mois, témoigne Belal, un vendeur de 25 ans. Je n'aurais pas ce salaire ailleurs. Ça me permet de mettre de l'argent de côté et de me faire plaisir.» Pour certains, comme Alienor, ce bonus est même vital: «Avec une petite fille, je ne pourrais pas boucler mon budget sans les 400 euros de plus que je touche en travaillant les dimanches. Peut-être que ça me posera un problème lorsqu'elle ira à l'école, mais pour l'instant, c'est tout bénéfice.»