Le budget 2010 creuse un déficit record

FINANCES Jamais les finances françaises n'auront connu une situation aussi critique...

Angeline Benoit

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Le budget de l'Etat pour 2010, présenté mercredi en Conseil des ministres, repose sur un déficit de 116 milliards d'euros, et réévalue à 141 milliards celui de 2009. Jusqu'ici, il n'avait jamais dépassé la barre des 60 milliards, atteinte en 2003. L'an prochain, la France devra donc emprunter au total 146,5 milliards d'euros pour faire face aux dépenses de l'Etat, conjuguées à celles de la Sécurité sociale et des collectivités locales. Cela représente plus du double de l'impôt sur le revenu collecté en 2008. Décryptage.

«Les chiffres révélés aujourd'hui montrent la profondeur de la crise. D'un côté, l'Etat perd des recettes fiscales, puisque l'activité baisse, et de l'autre, il doit verser davantage de prestations sociales », analyse Henri Sterdyniak, économiste au Centre de recherche en économie de Sciences-Po. Face à la récession, la stabilisation du déficit a été abandonnée pour ne pas faire peser une hausse des impôts sur les ménages et les entreprises. Au contraire, les dépenses publiques ont même été augmentées pour soutenir l'économie, qui devrait croître de 0,75 % en 2010, après avoir reculé de 2,25 % cette année.

Emprunter sur les marchés financiers

Alors que Bruxelles a fixé une limite de 3 %, le déficit public atteindra ainsi 8,5 % du PIB l'an prochain. L'Etat n'espère pas revenir à la barre de 5 % avant 2013.

L'Etat devra emprunter sur les marchés financiers, et grossira ainsi sa dette publique, qui atteindra 84 % du produit intérieur brut (PIB), soit presque toute la richesse créée par l'économie française en une année. Pour autant, l'ensemble des observateurs s'accorde sur le fait qu'il n'aura pas de difficulté à trouver de l'argent, et à un taux bas, autour de 3,5 %. D'autres pays ont déjà agi de la sorte. Confronté à une croissance très faible depuis le début des années 1990, le Japon a accumulé les déficits publics jusqu'à gonfler sa dette à 180 % de son PIB, sans avoir de mal à se financer.

Emprunter coûte de l'argent. Le budget 2010 prévoit d'y consacrer 44 milliards d'euros, sur un total de 287 milliards. C'est le deuxième poste de dépense, derrière l'Enseignement scolaire (61 milliards), et devant la Défense (40 milliards) et la Recherche et l'Université (25 milliards). Pour autant, « le scénario noir serait de paniquer et de plomber la croissance avec des impôts, estime Henri Sterdyniak, car les rentrées fiscales augmenteront automatiquement quand l'activité repartira. »

«Réformes structurelles»

En attendant, « il importe surtout de montrer aux marchés que les dépenses sont contrôlées. C'est le cas, puisque l'argent est donné aux entreprises, et non pas aux ménages ».

Enfin, le gouvernement prévoit déjà de réduire les dépenses. Des « réformes structurelles » sont à attendre dès 2010 pour les retraites, les collectivités territoriales ou encore l'hôpital.