Le soldat de la Compagnie générale des eaux

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Henri Proglio a débuté comme stagiaire à la Générale des eaux en 1971.
Henri Proglio a débuté comme stagiaire à la Générale des eaux en 1971. — M. BUREAU / AFP

Entré par hasard à la Compagnie générale des eaux, Henri Proglio, fils de commerçants d'origine italienne, en a grimpé les échelons pendant près de trente ans jusqu'à devenir PDG du groupe, rebaptisé Veolia.

A la tête d'un des leaders mondiaux de l'eau, il n'en reste pas moins méconnu du grand public. L'homme, qui a fait son service militaire dans le renseignement, a ainsi refusé de figurer dans le Who's Who, « un peu par discrétion, un peu par rébellion », dit-il. Ses parents sont « vendeurs des quatre saisons » sur le marché d'Antibes (Alpes-Maritimes) quand Henri naît le 29 juin 1949, une demi-heure après son frère René, aujourd'hui dirigeant de Morgan Stanley à Paris.

Enfant, Henri rêve d'être astronaute. Il fera HEC, comme son jumeau, « parce que le voisin du dessus avait dit à mon père que c'était ce qu'il y avait de mieux », a-t-il raconté au Point. Malgré ses convictions de droite, il s'y lie d'amitié avec Dominique Strauss-Kahn, qu'il soutiendra des années plus tard, au moment du scandale de la Mnef. Recruté comme stagiaire à la Générale des eaux, il va grimper chaque échelon, jusqu'à en prendre la tête. Il y croise Michel Roussin, ancien de la DGSE et futur directeur de cabinet de Chirac à la Mairie de Paris. Il réussit à sortir indemne des affaires politico-financières du règne de Guy Dejouany (1976-1996) et des turbulences de l'ère Jean-Marie Messier, qui rebaptise la Générale des eaux en Vivendi.

En 2000, Henri Proglio prend les commandes de la branche environnement de Vivendi, qui rassemble les activités eau, transport, propreté et énergie. Deux ans plus tard, Vivendi Environnement prend son indépendance et devient Veolia. A la tête du nouveau groupe membre du CAC 40, il entretient des rapports tumultueux avec les analystes financiers, dont il fustige la vision à court terme.

Mais ses relations politiques se portent bien : il a ses entrées à l'Elysée, où Chirac l'invite régulièrement. En 2004, le chef de l'Etat lui propose de prendre la présidence d'EDF, ce que Proglio refuse par amitié pour le PDG sortant, François Roussely, qui souhaite être reconduit. Il siège depuis cette date au conseil d'administration du groupe public.

En 2006, en plein débat sur le CPE, Proglio se voit confier par le gouvernement une mission sur « l'insertion des jeunes sortis de l'enseignement supérieur ». Dans son rapport, il appelle à faire du CDI « la forme normale d'embauche ».

L'arrivée de Nicolas Sarkozy à l'Elysée n'entame pas sa cote, au contraire : il se trouve au Fouquet's le soir de l'élection. Le Président confie une mission sur la formation professionnelle des jeunes à ce patron favorable à « la discrimination au mérite ». Très tôt, la presse cite son nom comme éventuel successeur de Pierre Gadonneix à la tête d'EDF.

Veuf, père de deux filles, Henri Proglio se dit passionné par la cuisine italienne, « les voitures, la vitesse, la compétition ». W

Antoine Agasse (AFP)