«La crise n'est pas près d’être terminée pour les ouvriers»

SOCIAL Près de 2000 employés de plusieurs secteurs industriels se sont rassemblés devant la Bourse pour réclamer leur part des profits...

Angeline Benoit

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Pas de foule énorme mais de la tension dans l’air. Près de 2000 salariés et délégués syndicaux des secteurs industriels frappés par des licenciements étaient rassemblés devant la Bourse de Paris ce jeudi en fin de matinée. «La casse de nos emplois ça suffit» ou «stop aux licenciements boursiers»: les slogans et les messages étaient à l’image de l’état d’esprit des manifestants, oscillants entre colère et tristesse écoeurée.

«La crise n’est pas près d’être terminée pour les ouvriers – le système est cancérisé par des actionnaires qui en veulent toujours plus. C’est l’argent, l’argent, l’argent», soupire Jean-Jacques Jegoux, 59 ans. Cet ancien confectionneur de pneus en a fait l’expérience à son usine de Clairoix (Oise), que son employeur Continental a fermée en juillet. «Notre site étant rentable, c’est sûr, mais on ne pouvait rien faire contre leur décision. Maintenant, notre ancien directeur est en Roumanie et il dit "ici, c’est pas la crise". Là-bas, ils embauchent!».

«La crise est un prétexte»

Dans les rangs apparaissent d’ailleurs des délégations de plusieurs entreprises du secteur automobile frappées par des plans sociaux ces derniers mois, telles que Continental Clairoix mais aussi Freescale (Toulouse), Renault, Ford, Michelin (Montceau-les-Mines) ou Goodyear (Amiens). Près d’un camion CGT, des délégués du site Renault à Douai (Nord-Pas-de-Calais) fulminent. «Chez nous, une ligne de production est arrêtée depuis deux ans! Mais ça, personne n’en parle!», tonne l’un d’eux tandis qu’un autre confirme: «La crise est un prétexte pour délocaliser les usines et resserrer les acquis des salariés.» «Ghosn dit qu’il ne lancera la production de voitures électriques à Flins (Yvelines) que si l’Etat met de l’argent sur la table. Ce n’est pas du chantage, ça?», s’insurge un troisième. Ils refusent de donner leurs noms, «parce que la direction risque de leur tomber dessus».

«Je suis venue par solidarité»

Initié par les salariés de Goodyear à Amiens et d'autres sections CGT locales, le rassemblement s’est étoffé à l’appel des fédérations CGT de la métallurgie et de la chimie. «Je suis venue par solidarité. Dans toute l’industrie, des gros donneurs d’ordres font supporter des conditions très dures aux sous-traitants. Là où je travaille, il y a des plans de restructuration tous les deux ans depuis quinze ans, il ne faut pas se contenter de réagir quand on est concerné», conclut Christine Poupin, 52 ans, déléguée CGT à l’usine GPL (ex-AZF) de Grand Quevilly (Seine-Maritime).