Comment l'achat de 36 Rafale pourrait booster l'industrie et l'économie françaises

DEFENSE Après la visite-éclair de Nicolas Sarkozy à Brasilia, 20minutes.fr décrypte les enjeux et retombées, pour la France, du marché passé avec le Brésil...

Maud Descamps

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Le pilote du Rafale qui s'est écrasé jeudi en fin d'après-midi en Corrèze, est décédé, a-t-on appris vendredi auprès de la préfecture de Tulle.
Le pilote du Rafale qui s'est écrasé jeudi en fin d'après-midi en Corrèze, est décédé, a-t-on appris vendredi auprès de la préfecture de Tulle. — Anthony Jeuland AFP/Archives
Est-ce que le contrat est signé?

Si la décision de principe d'acheter 36 avions Rafale a été annoncée par le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, rien n'est encore signé. Dassault Aviation, qui fabrique les avions de chasse, espère conclure la vente en 2010, a indiqué lundi un porte-parole du groupe. «On peut raisonnablement penser que les négociations contractuelles devraient s'achever dans le courant de l'année prochaine», a-t-il dit. Ces négociations techniques porteront sur «l'avion, la maintenance et l'armement», précise le constructeur, rapporte l'AFP. Le prix et les autres clauses du contrat seront discutées ensuite.
 
Comment le Rafale est revenu dans la course?

C'est la première fois que le Rafale s'exporte après une longue série de revers à l'étranger. «Le Rafale est un avion cher, doté de système d'armement français et les potentiels clients ont, par le passé, préféré des systèmes américains», explique à 20minutes.fr Bernard Bombeau, spécialiste de l'aviation et rédacteur pour la revue aérienne Air & Cosmos. «De plus, la France n'était pas en mesure précédemment d'assurer un transfert de technologie intéressant». Mais le Rafale a été mis à niveau et amélioré depuis sa dernière mouture: les Rafales promis au Brésil sont dotés de technologies électronique, de systèmes d'informations et de renseignements avancés, analyse Patrick Facon, auteur de L'histoire de l'Armée de l'air (La Documentation française), joint par 20minutes.fr.
 
Quel est l’enjeu financier?

Si Dassault refuse de donner le montant de ce contrat, il est néanmoins estimé par l'Elysée à au moins 5 milliards d'euros. «Le prix du Rafale est un peu un secret de polichinelle», souligne Bernard Bombeau, «on estime son prix unitaire à 50 à 100 millions d'euros environ». Mais les 5 milliards d'euros n'iront pas directement dans la poche de Dassault. Il y a, dans le contrat, des compensations. «La France va, en échange, acheter un certain nombre d'avion de transport militaire au Brésil», explique Patrick Facon. Selon un communiqué commun des deux pays, la France va acheter de son côté une dizaine d'exemplaires du futur avion de transport militaire brésilien KC-390. Selon l'Elysée, l’achat des avions brésiliens coûterait à la France 500 millions d'euros.
 
Combien d’emplois seraient créés en France?

Selon l'Elysée, la vente de 36 Rafale pourrait permettre de créer en France 6.000 emplois pendant quatre ans. La construction de 36 appareils va grossir le carnet de commande de Dassault, ce qui n'est pas négligeable en ce moment et puis on peut imaginer un effet d'amorce qui poussera d'autres clients à acheter le chasseur français». L'Elysée a précisé que les six premiers appareils, dont le premier exemplaire sera livré en 2013, seraient fabriqués entièrement en France dans l'usine de Dassault à Mérignac, en Gironde. Puis, graduellement la technologie serait transférée pour permettre aux Brésiliens d'assembler les autres avions. Mais à terme, la France vise encore un marché beaucoup plus vaste avec la fourniture d'au moins 120 Rafale pour équiper les trois armes brésiliennes.
 
Le Rafale est-il à la pointe de la technologie?

Le Rafale est un avion de combat biréacteur omnirôle à faible détectabilité. A son origine, le besoin de l'Armée française d'un avion capable d'offrir une polyvalence élargie et qui permettrait de remplacer sept types d'avions à l'horizon 2000-2010. «Le Rafale a la particularité d'être capable de faire du combat aérien et au sol», reprend Bernard Bombeau. «Il est aujourd'hui l'un des avions les plus à la pointe sur le marché», conclut Patrick Facon. En clair, la France ne vend pas que des avions. Le contrat qui doit être discuté avec le Brésil comprend aussi un transfert de technologies. A terme, on peut imaginer que le pays pourra fabriquer lui-même ses propres Rafale - théoriquement, le 37e Rafale devrait sortir des usines brésiliennes. Reste que «cela est très hypothétique puisqu'il faudrait que Dassault accepte de sous-traiter la fabrication du Rafale», relativise Patrick Facon.