L'illimité pour les mobiles : la voix du succès ?

Johanna Sitter et Angeline Benoit

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« Paradyse tout illimité », « Topissime », ou encore « Vraiment illimité » : ces forfaits incluant appels illimités 24 heures/24 et 7 jours/7 vers tous les opérateurs viennent d'être lancés pour séduire les accros du mobile. S'agit-il d'une véritable révolution ou d'un coup de publicité des opérateurs Virgin Mobile, Coriolis Télécom et Prixtel ? 20 Minutes a enquêté.

Jusqu'à présent, les opérateurs historiques et leurs concurrents présentaient des offres illimitées uniquement vers quelques numéros ou le soir à partir d'une certaine heure et le week-end. « Paradyse tout illimité », « Topissime », et « Vraiment illimité » sont les premières à proposer des appels illimités sans contrainte de correspondant, d'horaire ou de jour. En revanche, la tendance n'est pas nouvelle en ce qui concerne les SMS et l'Internet.

Si la « voix illimitée » arrive seulement maintenant, c'est qu'elle est proposée par des opérateurs « virtuels ». Ces derniers ne disposent pas de réseau propre. Ils achètent donc des minutes de communication en gros aux opérateurs de réseau Orange, SFR et Bouygues pour les revendre. Et lors du renouvellement de leurs contrats, ils ont obtenu de meilleurs tarifs.

En théorie, cela signifie qu'à partir de 70 euros par mois, ces forfaits permettent d'appeler, de surfer et d'envoyer des SMS sans restrictions. Mais la réalité est tout autre. « Dans tous les illimités, il y a un encadrement », reconnaît François Richard, directeur commercial chez Coriolis Télécom, qui facture les appels au-delà de 20 heures par mois. Prixtel, lui, réalise ses bénéfices sur les SMS et l'Internet, qui sont des options payantes. « Il faut un équilibre entre le prix de vente et la consommation moyenne », explique Julien Allisy, directeur marketing chez Virgin Mobile, le plus cher mais aussi le seul véritable illimité. En fait, pour les opérateurs, ces formules ne sont rentables qu'à condition de générer des revenus importants et stables. A bien regarder les dernières offres proposées, ce montant tourne autour de 90 euros par mois (1 080 euros par an), soit plus du triple de la facture moyenne des Français.

La difficulté de rendre l'illimité rentable explique que les opérateurs historiques se montrent frileux. Ces derniers comptent précisément sur les clients qui dépassent fréquemment leurs forfaits pour gagner de l'argent. Mais, ils « seront obligés de réagir s'il y a un emballement des consommateurs » pour les nouveaux forfaits et si le bénéfice est prouvé, indique Thomas Husson, analyste chez Forrester, cabinet réalisant notamment des études de marché dans le secteur des technologies.

« Ce sont des forfaits de grosse capacité et moins chers que chez les concurrents » pour une consommation comparable, estime Edouard Barreiro, de l'association de consommateurs UFC-Que choisir. Toutefois, ils ne conviennent qu'aux utilisateurs qui ont une facture très élevée, la consommation moyenne d'un Français s'élevant à environ 2 heures et demie de communications et 80 SMS par mois, soit une facture de 27,30 euros, d'après l'Arcep, l'autorité de régulation des télécommunications. « Ne vous précipitez pas dessus », alerte Jérôme Clauzure, délégué général de l'Association française des utilisateurs de télécommunications (Afutt). Il faut avant tout estimer ses besoins réels en appels, en SMS et en Internet. Edouard Barreiro met en garde contre le risque de tomber rapidement dans le hors forfait si le client s'habitue à une utilisation intensive de son mobile.

Enfin, les défenseurs des consommateurs appellent à la vigilance dans la lecture des publicités. Sur les sites Internet des trois opérateurs étudiés, « des informations essentielles, comme la limite des 99 correspondants par mois, apparaissent en petits caractères et de couleur claire difficiles à lire », constate Arnaud Dimeglio, avocat spécialisé dans les nouvelles technologies. Au client de trouver son contrat de confiance. W