Les nouveaux visages du déstockage

Angeline Benoit Photos : Sébastien Ortola

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Soixante métiers, quarante nationalités, le site Internet vente-privée.com emploie 1 200 personnes à son siège de La Plaine-Saint-Denis et dans ses entrepôts.
Soixante métiers, quarante nationalités, le site Internet vente-privée.com emploie 1 200 personnes à son siège de La Plaine-Saint-Denis et dans ses entrepôts. — S. ORTOLA / 20 MINUTES

L'un vous préviendra des affaires à faire... devant votre PC. L'autre ne convient qu'aux farfouilleurs tenaces. Tous deux sont des déstockeurs, vendant ces fins de série dont les marques se débarrassent à prix coûtant. Reportage chez vente-privée.com, le n° 1 du déstockage sur Internet avec 90 % des ventes, et dans une solderie culte parisienne, Sympa.

Au coeur d'un des quartiers les plus populaires de la capitale, Sympa s'étend sur six magasins. Dès l'ouverture, des clientes se faufilent entre les portants, tellement chargés qu'on peine à extraire les jupes, pantalons, shorts et robes enchevêtrés, toutes tailles confondues. « Le patron achète sans arrêt de la marchandise aux grands noms du prêt-à-porter, à nous de la caser », explique Brigitte Dancin, responsable du secteur. Les collections de l'an passé côtoient le surplus de l'année en cours et le « second choix », des articles abîmés ou ramenés par les clients.

Le seul classement proposé se fait par marques - et encore, certaines pièces sont dégriffées. « Les clientes s'y retrouvent », assure Brigitte Dancin, demandant qu'aucune marque ne soit citée, « par discrétion ». Elle attrape un pull pour enfant, « l'entrepôt a oublié de cacher le prix d'origine » : 22,90 euros en boutique ou en grand magasin, contre 6,90 euros chez Sympa. Les meilleures promos sont « sur table », dans des bacs à prix unique qui dégoulinent jusque sur les trottoirs, comme cette montagne de lingerie à 2,99 euros pièce, cinq fois moins que leur vraie valeur. Pour vendre vite, Sympa baisse sans cesse ses prix, mais sans l'annoncer, car cela serait illégal. Les soldes permettent de faire un grand ménage, pancartes à l'appui.

Vente-privée.com s'est installé en proche banlieue parisienne, dans une ancienne imprimerie. Fondé par d'anciens grossistes du déstockage, le site Internet se veut révolutionnaire. « Non seulement nous aidons les marques à écouler leurs stocks discrètement et en quelques jours, mais nous leur faisons de la publicité », explique le directeur marketing, Xavier Court, qui compare les 80 responsables de vente à des « chefs d'orchestre ». Car le site, qui mobilise 160 informaticiens, ambitionne une présentation « parfaite » des produits - avec un film, des photos et une fiche technique - en plus de réductions de prix de 65 % en moyenne.

Et l'entreprise a développé une impressionnante machinerie pour y arriver : première cliente des agences de mannequins à Paris, elle fait défiler les modèles toute la journée dans 27 studios photo et vidéo, où ils passent entre les mains de coiffeurs, maquilleurs, photographes, responsables de shooting et équipes de tournage. Quelque 70 personnes retouchent 15 000 photos par jour (l'équivalent d'un catalogue de La Redoute) tandis que 40 autres réalisent des films flash. Cinq musiciens produisent les bandes-son. Les 1,5 million d'internautes quotidiens en redemandent car si les prix sacrifiés des solderies et marchés sont inégalés, ils gagnent en confort et en qualité. Vente-privée ignore les soldes, contrairement à d'autres sites, car « Internet, c'est l'immédiateté toute l'année » - les quinze jours de livraison mis à part. Leader sur le Web, le trublion reste cependant tout petit sur le marché total. Mais il a remporté un grand pari : attirer les grandes marques soucieuses de leur image et qui ne souhaitent pas de coûteux magasins d'usine. W