Emploi : Comment une organisation du travail « assouplie » peut booster les recrutements

COOL JOB Alors que certains secteurs peinent à recruter des talents, la qualité de vie au bureau devient un réel objet de négociation

Julie Polizzi pour 20 Minutes
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Petit à petit, les mesures de souplesse et de flexibilité dans l'organisation du travail offrent plus de liberté aux salariés
Petit à petit, les mesures de souplesse et de flexibilité dans l'organisation du travail offrent plus de liberté aux salariés — iStock / City Presse

L’environnement du travail est en pleine évolution... pour ne pas dire révolution ! Sous l’effet de la pandémie, des pratiques jusque-là anecdotiques sont en effet, aujourd’hui, en plein développement. Et si bon nombre de sociétés aimeraient revenir au monde d’avant, celles qui subissent une guerre des talents ont bien compris que la qualité de vie au travail était devenue déterminante pour recruter de nouveaux collaborateurs...

Le travail hybride, l’avenir

Si le télétravail forcé pendant le Covid-19 a été éprouvant pour de nombreux foyers, il a également permis de démontrer le potentiel d’un mode d’organisation qui était auparavant largement déconsidéré. À tel point que depuis le retour à la normale, pas un mois ne passe sans qu’un sondage ne plébiscite cette pratique.

« Toutes les enquêtes d’opinion montrent la volonté des actifs de faire du télétravail, et notamment chez les jeunes qui se posent davantage la question d’équilibre entre vie personnelle et professionnelle et qui n’hésitent plus à changer d’emploi à ce titre », commente Claude Calmon, fondateur du cabinet de recrutement Calmon Partners, spécialisé dans les métiers de l’investissement.

Plus précisément, le travail hybride – comprenez un mixte entre travail au bureau et à distance – est le nouveau leitmotiv moderne ! Et l’entrepreneur d’ajouter : « C’est devenu un vrai sujet de négociation en entretien d’embauche, ce qui n’était même pas pensable il y a à peine cinq ans ».

La semaine de 4 jours en test

Une proposition de loi française entend inciter les entreprises à adopter la semaine à 32 heures
Une proposition de loi française entend inciter les entreprises à adopter la semaine à 32 heures - IStock / City Presse

D’après un récent sondage du cabinet ADP, 64 % des salariés français aimeraient également pouvoir condenser leur semaine de travail sur 4 jours. Et justement, le Royaume-Uni a mené un projet pilote au cours du premier semestre 2022 en autorisant les travailleurs à augmenter la durée de leurs journées de travail pour transformer leur cinquième jour en repos. Un essai est aussi prévu en Espagne, tandis qu’au cours de l’été la Belgique a donné le droit aux employés de décider s’ils souhaitaient travailler sur 4 ou 5 jours, en condensant leurs heures de travail.

En France, le député écologiste Matthieu Orphelin voudrait même aller plus loin. Sa proposition de loi, déposée en avril 2022 à l’Assemblée nationale, entend inciter les entreprises à adopter la semaine à 32 heures, sans perte de salaire, en contrepartie d’exonérations fiscales. L’élu s’appuie sur le dispositif similaire de la loi Robien qui a bénéficié à 400 entreprises en 1996, avant d’être supprimé deux ans plus tard par les lois Aubry.

De rares sociétés hexagonales fonctionnent aujourd’hui sur ce modèle, à l’instar de LDLC, une entreprise lyonnaise d’informatique qui a mis en place la semaine de 32 heures sans perte de salaire en janvier 2021.

Des congés illimités

Des « congés illimités » (encadrés) pourraient compenser des durées de travail à rallonge
Des « congés illimités » (encadrés) pourraient compenser des durées de travail à rallonge - IStock / City Presse

Autre pratique qui fait rêver : les congés illimités. Plusieurs grandes entreprises américaines comme la banque Goldman Sachs, Netflix ou LinkedIn les ont instaurés, bien souvent pour compenser des durées de travail à rallonge. Mais c’est aussi le cas pour les 10.000 collaborateurs dans le monde du groupe Indeed, y compris en France.

À plus petite échelle, l’agence parisienne de marketing programmatique RH Golden Bees a elle aussi mis en place cette mesure en septembre 2021, comme nous l’a présenté Catherine Regeffe, DRH de la société. « L’idée de ce dispositif est d’améliorer globalement l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle, et de libérer les collaborateurs d’un suivi scrupuleux de leurs compteurs de congés ». Pour autant, « il n’est pas question de prendre 6 mois ou un an de congés mais de prendre du temps pour soi lorsque c’est nécessaire, selon les besoins de chaque individu, et ce, dans le respect de l’organisation de son équipe ».

La DRH préfère ainsi parler de « congés responsables » plutôt que de congés « illimités ». Quant au retour d’expérience, il est positif puisque Golden Bees a constaté une hausse en moyenne de 8 jours de congé pris sur l’année et enregistré +30 % de candidatures depuis la mention de cette possibilité sur les annonces de recrutement (contrats en trente-cinq heures), sans compter un chiffre d’affaires en augmentation sur les derniers mois de l’année 2021.